Éric Yvan Lemay
Journal de Montréal

13 millions d'ordonnances

Nouveau record au Québec - 13 millions d'ordonnances

Des comprimés de Venlafaxine, un antidépresseur commun.© Jocelyn Malette/Agence QMI


Éric Yvan Lemay

Les Québécois n'ont jamais consommé autant d'antidépresseurs. En 2010, c'est plus de 13 millions d'ordonnances qui ont été remplies uniquement dans la province.

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«Toutes les études le disent, il y a une hausse des problématiques de santé mentale, pas juste au Québec, mais aussi au Canada et partout dans le monde. C'est une des premières causes d'invalidité au travail», indique Marie-Josée Fleury, professeure agrégée au département de psychiatrie de l'Université McGill.

Selon une recherche qu'elle a menée avec son équipe auprès de 398 médecins de famille, environ le quart des consultations portent sur des problèmes de santé mentale.

La spécialiste rappelle que tout cela s'inscrit dans une hausse de la médication en général. «J'ai l'impression aussi que c'est rassurant parfois d'avoir une pilule. On veut toujours régler nos problèmes et les régler rapidement.»

Pas assez de soutien

Même si elle reconnaît l'importance de la médication pour plusieurs personnes, elle se demande si on ne pourrait pas faire mieux. «Il y a souvent un problème de suivi. Il y a un consensus sur le fait que la psychothérapie est très importante.»

Marie-Josée Fleury croit aussi que le fait que plus du tiers des antidépresseurs prescrits au pays le sont au Québec est dû au fait que nous avons une assurance médicament publique. D'ailleurs, une étude du Conseil du médicament démontre que sur les 2,54 millions de Québécois assurés, un sur sept prend des antidépresseurs.

Forte hausse chez les aînés

Parmi eux, presque la moitié sont des gens âgés de 60 ans et plus. Entre 2005 et 2009, 50,1% des nouveaux consommateurs avaient cet âge. «C'est énorme», lance Cara Tannenbaum, médecin spécialiste en gériatrie à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal. «Le vieillissement est vécu durement par plusieurs personnes. »

Cette période s'accompagne de plusieurs deuils comme celui d'un conjoint, d'un travail ou de certaines habiletés. «Si on se fracture la hanche, on peut devoir faire le deuil de certaines activités comme le ski de fond qui nous donne du plaisir», illustre celle qui est aussi titulaire de la chaire pharmaceutique Michel-Saucier en santé et vieillissement à l'Université de Montréal.

L'isolement social des aînés est aussi un problème de plus en plus criant. «Est-ce qu'une pilule peut traiter l'isolement ou la tristesse qui vient avec la perte d'une personne après 60 ans?», questionne-t-elle.

Carole Cusson, Laval

Carole Cusson prend des antidépresseurs depuis avril dernier. Elle se les est fait prescrire à la suite de violentes douleurs au visage à la suite de l'extraction de trois dents. «En l'essayant, je savais que ce n'était pas la solution, mais ça m'a aidé à accepter la douleur même si ça ne la soulage pas. L'antidépresseur s'est ajouté parce qu'on n'a pas voulu s'occuper de moi. Pour mes renouvellements, je vais en urgence dans les cliniques sans rendez-vous. Je me fais engueuler pour que je me trouve un médecin de famille ou voir un psychiatre. Heureusement, la clinique de la douleur du CHUM m'a acceptée la semaine passée.»

Johanne Morin, Longueuil

Johanne Morin a vécu un certain nombre d'épisodes dépressifs depuis une vingtaine d'années, dont certains ont forcé un arrêt de travail. "La médication ne fait que te soutenir, te redonne du pep. À partir de ce moment-là, il faut que tu travailles plus en profondeur sur toi. Souvent, les psychiatres, quand ils te

rencontrent, ils ne font pas de la thérapie, ils te donnent de la médication. Mon objectif est de pouvoir l'arrêter un jour, mais j'en ai besoin pour le moment. La plus grande honte que j'ai eue à faire face dans ma vie, c'est que j'étais gênée de le dire. C'est malheureusement encore très tabou dans les entreprises."


De 2005 à 2009, la prévalence de l'usage des antidépresseurs chez les adultes québécois couverts par le régime public d'assurance-médicaments a augmenté de 8,3 %

Globalement, 50,1% des nouveaux utilisateurs avaient 60 ans ou plus et les femmes représentaient environ les deux tiers des nouveaux utilisateurs d'antidépresseurs

La durée totale de traitement était inférieure à huit mois dans la majorité des cas et peu de visites médicales de suivi ont été effectuées dans l'année suivant le début du traitement.

Le médecin à l'origine du traitement antidépresseur était un omnipraticien dans la grande majorité des cas (82,3 %) et un psychiatre dans seulement 5,8 % des cas.

SOURCE : Portrait de l'usage des antidépresseurs chez lea adultes assurés par le régime public d'assurances-médicaments du Québec, conseil du médicament, janvier 2011.


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