MONTRÉAL – Boisbriand. Laval. Mascouche. Saint-Jérôme. Terrebonne. L’année 2010 a été rude pour plusieurs maires de la région de Montréal, éclaboussés par une série d’allégations de conflits d’intérêts ou de manquements à l’éthique. Au final, c’est l’image de l’ensemble des élus municipaux du Québec qui a été ternie.
Le 15 novembre, en entrevue à Radio-Canada, l’ancien ministre de la Justice Serge Ménard lançait une bombe en accusant le maire de Laval, Gilles Vaillancourt, de tentative de corruption. Ce dernier aurait tenté en vain de lui remettre une enveloppe contenant plusieurs milliers de dollars en argent comptant lors de la campagne électorale de 1992.
Le lendemain, c’est au tour du député libéral de Vimont, Vincent Auclair, d’affirmer que le maire de Laval lui a offert une enveloppe, pour «l’aider dans sa campagne électorale».
Attaqué au plus profond de son intégrité, celui qui est en poste à Laval depuis 21 ans a nié avec véhémence ces accusations, et a promis qu’il ne démissionnerait pas parce qu’il avait encore, selon lui, l’appui des Lavallois.
Il a tout de même dû quitter temporairement de son rôle au comité des finances de l’Union des municipalités du Québec (UMQ).
Entrepreneurs
Au début novembre, le maire de Terrebonne, Jean-Marc Robitaille, s’est retrouvé sous les projecteurs après qu’une enquête de l’Agence QMI eut révélé ses liens de proximité avec l’entrepreneur Normand Trudel, dont l’entreprise a obtenu 22,7 millions $ en contrats municipaux depuis 2007.
Trois jours plus tard, le maire de Mascouche, Richard Marcotte, a été éclaboussé par des allégations semblables, reliées au même entrepreneur.
Les deux hommes ont défendu leur réputation, mais se sont retirés temporairement de leurs fonctions, le temps que le ministère des Affaires municipales fasse enquête. Depuis, Richard Marcotte a décidé de siéger comme maire indépendant, même si le conseil municipal demande sa démission.
À Saint-Jérôme, le maire Marc Gascon, aussi président de l’UMQ, a dû s’expliquer après que le quotidien La Presse eut révélé qu’il avait fait rénover sa résidence au coût de 193 000 $ par un entrepreneur qui recevait régulièrement des contrats de la Ville.
Sa municipalité était également visée par une enquête administrative du gouvernement provincial concernant d’autres dossiers.
M. Gascon a été contraint de céder la présidence de l’UMQ, mais a choisi de demeurer maire de Saint-Jérôme en affirmant qu’il avait procédé selon les règles de l’art. Quelques semaines plus tard, il a présenté aux médias des copies des factures de l’entrepreneur et des chèques utilisés pour le payer.
Puis, à la mi-décembre, on apprenait que la Sûreté du Québec enquête sur des allégations de fraude et de conflit d’intérêts à propos de la mairesse de Boisbriand, Marlène Cordato et son mari, Louis Kemp.
Ce dernier dirige une entreprise qui fabrique et installe des enseignes. Il aurait gonflé des factures présentées à la ville de Boisbriand.
Par la suite, les deux accusés se sont vigoureusement défendus d’avoir contrevenu à l’éthique.
Des questions à Montréal
À Montréal, le maire Gérald Tremblay a passé une fin d’année relativement tranquille. Pourtant, en mai 2010, son administration avait été incriminée par le vérificateur général Jacques Bergeron, qui a avait soulevé bon nombre d’irrégularités dans la gestion des contrats.
Dans un rapport annuel, il a révélé «de graves indices d’irrégularités» dans l’attribution par la Ville d’un important contrat de télécommunications de 100 millions $ à la firme Telus, au point où il a alerté la Sûreté du Québec. L'enquête se poursuit toujours.
Jacques Bergeron a également accusé Louis Roquet, le directeur général, d’avoir transmis une partie confidentielle de son rapport à Telus. Selon lui, il s’agit d’une «transgression très grave du processus de reddition de comptes du vérificateur général».
Le vérificateur général de la Ville de Montréal a en outre critiqué le recours à la défunte agence de sécurité BCIA pour la surveillance des quartiers généraux du Service de police de la ville de Montréal, sans appel d’offres et sur la base de simples bons de commande.