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Endettement

L’État veut couper dans le crédit

Agence QMI 
Rémi Nadeau
17/11/2010 00h02 
QUÉBEC — Inquiet du niveau record d’endettement des Québécois, le gouvernement Charest veut convaincre les institutions financières et les commerces de resserrer l’accès au crédit pour éviter «un choc brutal».

En 2009, le taux d’endettement des ménages québécois a atteint un sommet historique de 119 % et, inversement, leur taux d’épargne était un des plus faibles au Canada, à 2,2 %. Ébranlé, le ministre responsable de la Loi sur la protection du consommateur, Jean-Marc Fournier, confrontera les associations de commerçants et les institutions prêteuses au cours des prochaines semaines, dans l’espoir de prévenir une crise.

«Avec leurs pratiques, ils favorisent leur enrichissement à court terme, mais qu’en est-il du long terme, si l’endettement atteint un niveau tel que la consommation va tout simplement stopper à un moment donné?» a soumis le ministre.

«C’est une chose de tenir compte du ralentissement économique, mais c’en est une autre d’encourager une surconsommation qui entraîne un choc brutal», a-t-il ajouté.

Pratiques questionnables

M. Fournier questionne certaines pratiques des compagnies émettrices de carte de crédit, qui ont constamment réduit le paiement minimum mensuel exigé des consommateurs au cours des dernières années.

Lorsque le paiement minimum était de 3 %, il fallait 10 ans pour rembourser un solde de 1000 $.

Mais maintenant, à 2 %, il faut plus du double, soit 24 ans, pour s’acquitter de la même dette.

Il s’interroge aussi sur l’impact des programmes de récompenses, qui permettent aux consommateurs d’accumuler des points en achetant à crédit.

«Chez les institutions prêteuses, on a développé une approche qui incite à l’utilisation maximale du crédit, même pour la consommation de tous les jours comme l’essence et l’épicerie», a-t-il dit.

Une autre source de préoccupation pour le ministre est l’émission de carte sur-le-champ, sans enquête de crédit, dans les grands magasins, en retour d’un rabais sur un premier achat.

Ces magasins de détail appliquent le même taux d’intérêt élevé de 28 % ou 29 % depuis des années, même si le taux de la Banque du Canada n’a jamais été aussi bas.

«On consomme beaucoup, on paie plus tard, on s’endette et on n’épargne plus», a résumé le ministre, prévenant encore «qu’une consommation débridée peut nous entraîner dans une crise».

Il s’est gardé de révéler les mesures qui pourraient être prises pour encadrer davantage les institutions qui, selon lui, prêtent sans évaluer la capacité de payer des citoyens. «On va voir ce qu’ils vont répondre lors de nos rencontres, mais il faut identifier des solutions», a-t-il conclu.


Des cas troublants

QUÉBEC - «La situation est alarmante», résume Caroline Harel, conseillère budgétaire d’Option consommateurs, selon qui n’importe qui peut accéder facilement au crédit aujourd’hui, peu importe sa santé financière.

Dans les 10 dernières années, elle a vu passer toutes les clientèles inimaginables dans son bureau : des jeunes, des personnes à faibles revenus, mais aussi des professionnels pourtant bien nantis et des personnes âgées aux prises avec un problème de jeu.

Un des cas les plus surprenants qu’elle a rencontrés est celui d’une personne qui avait accumulé près de 120 000 $ de dettes de consommation, en voyages, vêtements et repas, sur de nombreuses cartes de crédit.

«Il avait un très bon salaire, mais, au moment où il est venu me voir, il ne savait même pas à combien s’élevait sa dette, et nous avons fait le décompte ensemble», a relaté Mme Harel.

Elle constate aussi que les jeunes sont endettés de plus en plus rapidement et s’attriste de voir certains d’entre eux, de 22 ou 23 ans, contraints à la faillite.

«Ça m’inquiète beaucoup parce que cette génération veut des choses rapidement et n’est pas capable d’attendre d’avoir les sous, alors ils s’achètent des biens à crédit sans avoir les revenus suffisants», a-t-elle déploré.

À l’autre bout du spectre, Mme Harel a dû récemment conseiller un retraité de 74 ans, forcé lui aussi de faire faillite après s’est séparé de sa conjointe.

«Particulièrement à cet âge-là, c’est une expérience vraiment déprimante.»

Insidieux

Selon elle, les citoyens se font prendre dans un engrenage «insidieux» dès qu’ils prennent l’habitude de consommer sans payer immédiatement.

«Quelqu’un qui obtient une première carte de crédit et effectue ses paiements minimums, on va lui accorder davantage de crédit, même si sa situation financière n’est pas meilleure, et puis les créanciers vont s’accumuler.» Elle estime que cette habitude s’incruste dans leur vie et, en bout de piste, ils se retrouvent en difficulté après quelques obstacles.

Cote de crédit

«Oui, il y a un endettement qui augmente constamment; des gens perdent leur emploi, mais, surtout, ils n’ont pas d’épargne et ils achètent beaucoup de biens à crédit», a aussi témoigné Simone Bilodeau, conseillère de l’Association coopérative d’économie familiale (ACEF) de la Rive-Sud.

Elle déplore notamment que les magasins offrant le crédit aux consommateurs ne se fient qu’à leur cote de crédit, sans s’assurer qu’ils ont véritablement la capacité de payer.

«Quelqu’un peut avoir plusieurs cartes de crédit de 5 000 $ qui sont pleines, payer le paiement minimum mensuel chaque mois et rien ne paraîtra dans son dossier à l’effet qu’il est trop lourdement endetté», a-t-elle signalé.



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