Des féministes en faveur de la décriminalisation de la prostitution

Prostitution - Des féministes en faveur de la décriminalisation de la prostitution

© Agence QMI

MONTRÉAL - Après maintes réactions décriant le récent jugement Himel en faveur de la décriminalisation du travail du sexe en Ontario, voilà qu’une quarantaine d’organismes, dont l’Institut Simone de Beauvoir de l’Université Concordia, appuient cette décision et demandent au Conseil du Statut de la femme (CSF) d’en faire autant.

Dans une lettre ouverte, les signataires affirment se sentir «ni représentées, ni incluses» par les positions prises par le CSF contre le récent jugement de la juge Susan Himel de la Cour supérieure de l’Ontario.

Les intervenants ont tenu à rappeler que la décision de la juge Susan Himel s’appuyait sur l’évaluation de données et de témoignages d’experts, qui ont menés à la conclusion que «ces lois [interdisant la prostitution], prises individuellement ou dans leur ensemble, forcent les prostituées à choisir entre leur liberté et leur droit de sécurité tel que garanti par la Charte canadienne des droits et libertés».

En conférence de presse, mardi, aux bureaux de l’Institut Simone de Beauvoir, la doctorante et spécialiste de la condition féminine Viviane Namaste, accompagnée d’Émilie Laliberté de l’organisme Stella, qui vient en aide aux prostituées de Montréal, s’est dite en faveur de la décision de la juge Susan Himel. Elle estime que ce jugement rend compte des réalités dangereuses, violentes et discriminatoires du travail du sexe.

«Nous appuyons aussi cette décision, car en tant que féministes, l’histoire nous dit que ces mêmes lois sur la prostitution ont été utilisées particulièrement contre des communautés marginalisées. En tant que féministes, notre solidarité nous force à rejeter la criminalisation de la prostitution», a déclaré Mme Namaste.

Dialogue de sourds

Rappelons qu’au lendemain de ce jugement, le CSF avait émis un communiqué s’opposant farouchement à cette décision. «La prostitution représente la forme ultime de violence faite aux femmes, d’avilissement qui porte atteinte à la dignité humaine et qu’il ne faut surtout pas cautionner», indiquait le CSF dans un communiqué.

Dans un rapport produit en 2002 par le CSF lui-même, l’organisme gouvernemental avait par ailleurs qualifié Montréal de «Bangkok de l’Ouest» en ce qui a trait à la prostitution.

Vulnérabilité, violence et discrimination

Pour Émilie Laliberté de l’organisme Stella, le comportement du CSF est quant à lui discriminatoire et contraire aux principes de droits à la non-discrimination, d’accès aux soins de santé et du droit de choisir son métier.

«Si la prostitution est légale, les conditions de travail, elles, ne le sont pas. Les travailleuses du sexe sont beaucoup trop stigmatisées. Pourquoi le CSF refuse-t-il d’entendre les voix des travailleuses du sexe québécoises. Ne sont-elles pas des femmes égales aux autres Québécoises? N’ont-elles pas le même droit de parole, le même droit d’être entendues et représentées par des instances telles le CSF ? Surtout n’ont-elles pas les mêmes droits à la liberté et à la sécurité?», peut-on lire dans la lettre ouverte.

Le Conseil du statut de la femme a pour sa part réitéré que sa position demeurerait la même.


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