Rien de comparable avec le Sud

Infirmières au Nunavik - Rien de comparable avec le Sud

Povirnituk, capitale de la Baie-d’Hudson, où résident 1200 Inuits.© Journal de Québec / Annie Saint-Pierre


Annie Saint-Pierre

Puvirnituk, Nunavik - Les infirmiers et infirmières au rôle élargi en régions éloignées pratiquent des accouchements, travaillent avec des fractures ouvertes, administrent des médicaments, gèrent les décès, traitent les urgences cardiaques ainsi que les troubles psychologiques et sociaux. Travailler en soins infirmiers au Nunavik n’a absolument rien de comparable avec le rôle limité d’une infirmière traditionnelle dans les centres urbains, où l’autorisation d’un médecin est essentielle pour tout, même pour administrer du Tylenol.

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Une formation d’un mois est nécessaire pour avoir un rôle élargi en régions éloignées. Le programme donne notamment le droit de faire des points de suture, de mettre au monde un enfant, d’administrer des antibiotiques et d’intuber un patient, ce qui n’est pas autorisé dans les autres centres hospitaliers.

«Le médecin doit me faire confiance, il doit m’écouter et confirmer les bons actes à faire. Si je n’ai pas identifié le bon problème à la base, on va avoir des problèmes», signale Dany Vachon, infirmier en poste depuis deux ans et demi au centre de santé de Puvirnituk.

Son confrère Yves Larose ajoute qu’il faut également avoir un minimum d’expérience aux urgences ou aux soins intensifs pour avoir ce rôle élargi.

«La formation est exigeante. En trente jours, c’est, pour moi, l’équivalent d’un doctorat pour les médecins», dit-il.

Autonomie

Ils sont plusieurs à avoir quitté le réseau de la santé de la Beauce, de Québec, de Montréal et d’ailleurs pour s’installer dans la toundra québécoise afin d’exercer leur métier d’infirmier et d’infirmière à leur guise, en dispensaire ou dans des points de service régionaux.

«Je voulais sortir de ma zone de confort. J’avais le goût de montrer mes compétences pleinement. C’était ici ou bien l’Afrique», dit Carmen Perron, 44 ans, qui vient de débarquer dans la capitale de la Baie-d’Hudson, 2 000 km à vol d’oiseau de Montréal. Sa consœur Alice Jodoin se trouve depuis 24 ans dans le Nord-du-Québec. Elle a travaillé dans les dispensaires des communautés isolées, seule et sans médecin.

Des réanimations, des accouchements, des fractures ouvertes, Mme Perron s’y connaît. «Il y a évidemment les otites à traiter, les maux de ventre, mais il y a aussi les traumatismes, les urgences cardiaques et les troubles psychologiques et sociaux. Ici, on ne réfère pas en psychiatrie, on agit», dit-elle.

Formation

La formation de trente jours est offerte par Solution Nursing, mais elle est défrayée par les centres hospitaliers du Nord. Le rôle élargi demande surtout une grande confiance en soi et énormément de maturité. Nul besoin d’une maîtrise universitaire, comme l’exige le ministère de la Santé ici au Sud, pour faire des actes qui demandent davantage d’expertise.

«C’est moi qui évalue totalement le patient. Je pose le diagnostic et je me réfère au guide thérapeutique pour administrer les médicaments. Seulement en cas d’incertitude, je demande au médecin», décrit Vanessa Datus, de Montréal.


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