La décriminalisation dénoncée par d'anciennes prostituées

Prostitution

La décision de la juge Susan Himel fait beaucoup jaser. © Agence QMI

Charles-Antoine Gagnon

TORONTO – La décriminalisation de la prostitution ne profitera qu'aux souteneurs, aux clients et à ceux qui exploitent les femmes et les jeunes filles, avertissent d'ex-travailleuses du sexe.

Des femmes qui ont réussi à quitter ce milieu ont dénoncé, mardi, la récente décision de la Cour supérieure de l'Ontario d'invalider des lois anti-prostitution, ouvrant du même coup la porte à la légalisation des maisons de débauche et aux revenus associés à la prostitution.

Bridget Perrier, une ancienne travailleuse du sexe, déplore qu'il n'y ait rien dans la décision du tribunal pour enrayer la violence et l'exploitation auxquelles sont confrontées les prostituées, que ce soit dans des maisons de débauche ou sur le trottoir.

Trisha Baptie, originaire de Vancouver, elle aussi une ancienne prostituée, connaissait des victimes de Robert Pickton, cet agriculteur de la Colombie-Britannique reconnu coupable de meurtre sur six prostituées de Vancouver. Elle signale que la protection des femmes vulnérables a été bafouée dans la décision.

«Les victimes de Robert Pickton n'auraient jamais travaillé dans une maison de débauche parce que la première règle est qu'il faut être sobre au travail. Il faut faire des campagnes de sensibilisation concernant la réalité qui entoure le monde de la prostitution», a expliqué Baptie.

Les femmes qui ont réussi à quitter ce milieu ponctué de violence se disent des «survivantes». D'autres, précisent-elles, n'ont pas été en mesure de s'en sortir, et elles ont payé de leur vie.

«Les tueurs en série, les violeurs et les hommes enragés n'ont rien à cirer des lois», a ajouté Natasha Falle, elle aussi une ancienne travailleuse du sexe.

«En effaçant ces lois, nous donnons aux hommes la permission de harceler et de ramasser les femmes sur la rue», a ajouté Falle.

L'âge moyen de celles qui plongent pour la première fois dans le milieu de la prostitution se situe entre 13 ans et 16 ans.

Ottawa a dit qu'il en appellera de la décision de la juge Susan Himel de la Cour supérieure de l'Ontario.


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