MONTRÉAL - La relation médecin/patient a été au centre de la seconde journée de la Commission sur la question de mourir dans la dignité. De nombreux intervenants ont exprimé leur crainte de voir la profession médicale dénaturée par une éventuelle légalisation de l’euthanasie.
«Si nous permettons la mort au patient, nous donnons en même temps au médecin le droit de tuer, créant du coup un effritement du rapport privilégié qui existe entre le patient et le médecin, dont sa mission est de guérir, de soulager et surtout d’accompagner», a affirmé le médecin en soins palliatifs du Centre hospitalier de l’Université McGill, Joseph Ayoub.
Ce dernier a expliqué devant la Commission, avec la collaboration du médecin de famille François Lehmann, qu’aucune condition particulière ne justifie l’euthanasie et le suicide assisté. Les deux hommes ont d’ailleurs précisé en entrevue que les lois déjà en vigueur pour l’ensemble de la population ne pouvaient être changées pour des cas exceptionnels qui marquent l’imaginaire collectif.
«Nous sommes tous sensibles à ces touchantes et pénibles histoires de maladie qui affligent certaines personnes. Toutefois, le danger de dérive est grand. Nous devons réfléchir au phénomène dans son ensemble. Il y a aussi des récits incroyables où la vie triomphe, malgré tout», a confié M. Lehmann, qui a également collaboré au mémoire déposé sur cette question.
«L’euthanasie, une sorte de sabotage»
Selon Mark Basik, qui a aussi collaboré à un autre mémoire, l’idée d’accepter ces nouvelles règles ne serait rien de moins « qu’une sorte de sabotage » de la relation unique d’entraide et de compassion entre le médecin et le patient. « Nous ne voulons pas voir le modèle de santé québécois se dénaturer. La réponse se trouve dans l’expérience humaine et non dans les sondages », a-t-il souligné. Son mémoire a été débattu mercredi par des représentants d’un groupe de médecins et infirmières soignant les patients atteints du cancer.
Une autre de ses collègues, l’infirmière Hélène Deutsch, a quant à elle poursuivi en disant que «le raccourci vers la mort n’est pas une solution». Car, dans cette option, «les pressions économiques sur le système de santé, la détresse, la pauvreté, la peur, l’ignorance sont autant de facteurs qui pourraient créer un triste dérapage».
La porte-parole de l'Association québécoise pour le droit de mourir, Mme Hélène Bolduc, qui a aussi présenté un mémoire, a toutefois alerté la commission ce matin au sujet des réactions de plusieurs professionnels du corps médical. Au nom des 300 membres de l’association qui militent pour le « droit au choix de la fin de vie », elle a notamment établi un parallèle entre l’euthanasie et l'avortement. «Il ne nous viendrait pas à l'idée de demander à un prêtre de pratiquer un avortement. De même, il ne faut pas s'étonner si des médecins s'opposent à l'euthanasie.»
La Commission se poursuivra jeudi matin, à Montréal.