Cet aveu est survenu mercredi lors des audiences de la commission Bastarache, après une journée de témoignages plutôt techniques sur le processus de nomination des juges.
«Est-ce que M. Fava est déjà intervenu auprès de vous pour des nominations?», a demandé Eric Downs, procureur en chef adjoint de la commission Bastarache. «Jamais de nominations de juges. Jamais», a répondu M. Bibeau.
Bondissant pratiquement de son siège, Rénald Beaudry, avocat de Me Bellemare, a immédiatement posé la question qui brûlait les lèvres de tous. «Pour d'autres nominations, est-ce qu'il vous a influencé ou suggéré des noms?», a-t-il demandé.
«Influencer et tout ça, c'est tous de grands mots, a répliqué M. Bibeau. Je peux vous dire que quand j'étais aux Emplois supérieurs (en 2003-2004), il n'est pas impossible que M. Fava m'ait parlé de candidatures quelconques qui pouvaient accéder à différentes fonctions (...). Il n'y a par contre jamais eu de pressions de sa part.»
Gérard Bibeau, qui connaît M. Fava depuis plus de 20 ans, a dit garder des «relations personnelles» avec ce dernier. Il leur arrive de dîner ensemble à l'occasion.
Des discussions après avril 2010
Le haut fonctionnaire a par ailleurs admis avoir parlé «une fois ou deux» avec M. Fava après la mise en place de la commission Bastarache, en avril 2010. Il a été question au cours de ces discussions des déclarations de l'argentier libéral, Franco Fava, qui avait mentionné dans plusieurs médias avoir été consulté au moment de la nomination de M. Bibeau à son poste, en août 2006.
Il a cependant été impossible de connaître la teneur exacte des échanges. L'avocate du gouvernement, Me Suzanne Côté, s'est en effet opposée à ce que l'interrogatoire continue dans le sens voulu avec Me Beaudry. «Je ne vois pas la pertinence avec les travaux de la commission», s'est elle opposée. Le commissaire Bastarache a retenu l'objection de Me Côté.
Marc Bellemare a déjà critiqué le rôle prépondérant joué par Franco Fava auprès de Jean Charest et les «pressions colossales» et «indues» que M. Fava lui aurait fait subir dans le dossier des nominations des juges.