MONTRÉAL - Le programme d'Aide financière aux études a fait perdre des centaines de millions de dollars au trésor public québécois depuis sa création en 1966.
Le gouvernement a dû acquitter les dettes d’études de milliers d’étudiants, ce qui a entraîné un manque à gagner de près de 850 millions $ dans le bilan de l’État.
Au 31 mars 2010, le solde des comptes en souffrance pour des prêts étudiants non remboursés s’élevait à 849,6 millions $ selon des données du ministère de l’Éducation du Loisir et du Sport. Les comptes de près de 68 000 Québécois se trouvaient alors en souffrance. Il s’agit de 17 % des 400 000 dossiers qui sont actifs présentement.
Ces données soulèvent des questions aux yeux d’experts en finances publiques. «Les gens qui ont un diplôme universitaire font partie des travailleurs les mieux rémunérés dans la société. Ils doivent rembourser les contribuables qui ont payé leurs études», a commenté l’économiste Pierre Fortin, professeur à l’UQAM, soulignant que seulement 25 % des Québécois possèdent une formation universitaire.
En principe, les étudiants qui ont contracté un prêt étudiant doivent commencer à rembourser l’institution financière qui leur a avancé les fonds quelques mois après avoir quitté les bancs d’école. Québec acquitte les prêts des mauvais payeurs, car ils sont garantis par le gouvernement.
La Fédération étudiante universitaire (FEUQ) croit qu’il y aurait moins de prêts non remboursés si les dettes d’études étaient moins élevées. «Comme l’endettement étudiant augmente, il est normal que certains aient plus de difficultés à rembourser», a exprimé Louis-Philippe Savoie, président de la FEUQ, soulignant que plusieurs étudiants éprouvent des problèmes financiers en début de carrière parce qu’ils exercent souvent des emplois à la pige peu rémunérés.
Le gouvernement fédéral prévoit d’ailleurs que la valeur des dettes étudiantes garanties par le Canada va franchir la barre des 15 milliards $ en septembre. «L’endettement étudiant a atteint des proportions épidémiques», a commenté, David Molenhuis, président de la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants, réclamant une stratégie de réduction des frais de scolarité au pays.
Chaque année, l’État québécois parvient malgré tout à recouvrer une portion des sommes qui lui sont dues. Pendant l’exercice 2009-2010, ses démarches lui ont permis de recueillir 81,8 millions $ mais le nombre de dossiers en souffrance a tendance à s’accroître. Il a bondi de 5 % en 3 ans, passant de plus de 64 500 en 2007-2008 à près de 68 000 en 2009-2010.
Au moment d’écrire ces lignes, aucun responsable du ministère de l’Éducation n’était disponible pour une entrevue. Dans un courriel, une porte-parole de l’institution a toutefois souligné que 90 % des emprunteurs remboursent leur prêt intégralement et que parmi les 10 % de débiteurs délinquants 60 % remboursent leur prêt en une douzaine d’années.
«Le fait que 4 % des emprunteurs ne parviennent pas à rembourser intégralement leur prêt étudiant représente un risque que le gouvernement a choisi d’assumer afin de favoriser l’accessibilité du plus grand nombre aux études postsecondaires», écrit-on dans le courriel du ministère de l’Éducation.
Depuis le début du programme de prêts et bourses en 1966, environ 10,8 milliards $ ont été prêtés aux étudiantes et étudiants du Québec. Le manque à gagner de 850 millions $ représente ainsi près de 8 % de la valeur des prêts octroyés au fil des ans.