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Lettre du Jour

Les deux côtés de la médaille

Pierre Karl Péladeau
26/08/2010 04h11 

À l'unisson, nos grands chefs syndicaux, Michel Arsenault, Claudette Carbonneau, Réjean Parent et François Vaudreuil, dans une lettre ouverte publiée dans La Presse (le quotidien de Gesca, filiale de Power Corporation) le 25 août dernier, s'insurgent de la réponse du Conseil du patronat du Québec à la prise de position des jeunes libéraux lors de leur récent congrès.

À juste titre, le Conseil du patronat du Québec, comme de nombreuses organisations, a dénoncé la situation tout à fait particulière des lois du travail au Québec qui désavantagent grandement notre province par rapport aux autres juridictions dans le monde occidental.

Le monde syndical de son côté assoit ses revendications sur le conflit de travail du Journal de Montréal.

À titre de dirigeant d'entreprise de l'une des plus grandes compagnies québécoises, je suis attaché à la création de richesse et à l'avancement de l'ensemble de la collectivité.

D'ailleurs, je crois fermement que c'est ce à quoi devraient s'attarder les dirigeants syndicaux, plutôt que s'attaquer à un faux débat, en plaidant la soi-disant nécessité de «moderniser» les dispositions anti-briseurs de grève du Code du travail.

Un faux débat

Faux débat parce que, faut-il le rappeler aux dirigeants syndicaux, l'objectif des dispositions anti-briseurs de grève lors de leur adoption était de prévenir la violence sur les lignes de piquetage et non d'empêcher une entreprise de poursuivre ses activités durant un conflit de travail.

Faux débat parce sous prétexte de protéger le droit fondamental d'association et de négociation des travailleurs québécois, les dirigeants syndicaux ont en fait comme objectif d'attaquer une entreprise québécoise qui a du succès et qui offre à ses employés des carrières intéressantes.

Faux débat parce que nos dirigeants syndicaux refusent de s'adapter aux nouvelles réalités modernes du travail et d'accepter le changement inévitable que vit notamment la presse écrite.

Opportunisme cynique

Il est important de qualifier la démarche concertée des chefs syndicaux pour ce qu'elle est : de l'opportunisme cynique.

En effet, tel que le mentionnait le Conseil du patronat du Québec récemment dans son Bulletin de la prospérité du Québec :

«(...) des études ont démontré que la présence de restrictions à l'utilisation de travailleurs de remplacement est associée à des taux d'emploi et des taux d'investissement plus faibles. Cette interdiction augmente aussi la probabilité des grèves et contribue à en allonger la durée.»

Dans ce contexte, ne soyons pas dupes. Ce que les syndicats demandent, ce sont des amendements au Code du travail pour augmenter encore leur rapport de force déjà largement favorable au détriment de l'économie du Québec et des employeurs, qui seront dépourvus de tout moyen pouvant leur permettre de continuer leur production et d'ainsi, assurer la survie de leur entreprise lors d'une grève.

Sans justification

Aucune justification solide pour amender le Code du travail n'est avancée par ces dirigeants syndicaux autres que de faire diversion et attaquer Quebecor sur son bilan de relations de travail.

À leurs yeux, l'exception semble être la règle, puisqu'ils omettent de dire que Quebecor a négocié et renouvelé plus d'une centaine de conventions collectives avec ses 6500 employés syndiqués durant les 5 dernières années, sans conflit de travail. Je veux pour exemple de notre succès, le renouvellement par anticipation, à notre initiative, de plusieurs conventions collectives chez Vidéotron, entreprise qui est devenue, suite à son acquisition par Quebecor, l'entreprise de communication la plus respectée des Québécois.

Ai-je besoin de rappeler à Michel Arsenault, président de la FTQ, que j'avais moi-même pris l'initiative en 2008, afin de débloquer la situation au Journal de Québec, de le contacter personnellement pour régler le conflit, conflit justifié par les conditions de travail de la presse écrite qui ne pouvaient subsister telles quelles, en raison des changements dramatiques survenus partout en Occident, comme l'atteste le fait que plus de 36 000 employés de cette industrie ont perdu leur emploi en Amérique du Nord.

Rappelons que le Journal de Montréal a offert, par respect pour ses employés, les paramètres de règlement intervenus au Journal de Québec, notamment le versement de généreuses indemnités de départ de dix-huit (18) mois de salaire, offre que l'exécutif du syndicat du Journal de Montréal avait acceptée en décembre, pour les répudier quelques semaines plus tard, ne laissant à la direction du Journal de Montréal d'autre alternative que de décréter un lock-out pour dénouer l'impasse créée par cette obstination à reconnaître la réalité.

Assurer la pérennité

Comment faire autrement lorsqu'il faut rajuster à la baisse le nombre d'employés et que ceux-ci jouissent d'une sécurité d'emploi tous azimuts que le syndicat refuse de remettre en question ?

Au Journal de Montréal, il nous faut, comme nous l'avons fait avec succès partout ailleurs au Canada, dans nos centaines de journaux, implanter de nouvelles pratiques et méthodes de travail, afin d'assurer la pérennité de la plus importante source d'information et pilier de la démocratie : la presse écrite.

Dans ce contexte, nous ne pouvons malheureusement plus nous permettre des conditions de travail d'une autre époque : emplois garantis, semaine de 32 heures sur 4 jours, 6 semaines de vacances payées à 150 %, salaires de plus de 100 000 $ pour des chefs de pupitre et autres dispositions contenues dans une convention collective de 300 pages.

Or, plutôt que d'accepter de sauver le long terme, le syndicat a préféré la courte vue avec l'argument «le journal est profitable et nous avons un fond de grève pour durer deux ans». Cette version réelle est bien différente de la version syndicale, qui accuse l'employeur d'avoir jeté 253 familles à la rue sans raison.

Il semble bien, comme cela s'est passé à La Presse avec la CSN, qu'il faille aux syndicats des ultimatums de fermeture ou des fermetures pures et simples pour leur faire comprendre les impératifs économiques des entreprises québécoises, créatrices d'emplois et de richesse pour l'ensemble de la collectivité.

Timide réaction

Comme investisseur, le Fonds de solidarité de la FTQ comprend bien ces impératifs, tel que l'a démontré la très timide réaction de ses représentants lors de la mise à pied de milliers d'employés chez Transcontinental, peu de temps après qu'il y eut investi100 millions $.

Si une modernisation de nos lois du travail s'impose, ce n'est certainement pas celle prônée par les syndicats partisans du statu quo.

Si nous voulons continuer à jouir, comme collectivité, de tous les attributs et bénéfices que nous nous sommes mérités par notre travail durant les 50 dernières années au Québec, il faut avoir le courage de moderniser l'environnement législatif, comme l'ont fait plusieurs pays occidentaux, en permettant une productivité accrue et une plus grande flexibilité.

C'est certainement l'une des voies gagnantes pour poursuivre notre enrichissement collectif tout autant que sa redistribution.

Pierre Karl Péladeau,

Président et chef de la direction, Sun Media





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