Le calendrier des fêtes religieuses que Québec met à la disposition des écoles pour «organiser des activités» ou même pour fixer des dates d'examen n'a absolument pas sa place en éducation, ont dénoncé hier de nombreux observateurs.
«Ça n'a pas de bon sens», s'indigne la présidente de la Fédération des commissions scolaires, Josée Bouchard, en entrevue au Journal. Les écoles qui souhaitent organiser des activités culturelles pour apprendre à mieux connaître des religions le font déjà «spontanément», souligne-t-elle.
«On n'a pas besoin d'un calendrier pour ça», tonne Mme Bouchard.
Chantal Longpré, qui représente la majorité des directeurs d'école de la province, abonde dans le même sens. «Ça n'a pas sa place, dit-elle. On a des écoles laïques au Québec, il faut que ça demeure ainsi.»
Parmi les intervenants interrogés hier, seul le président de la Fédération des comités de parents, François Paquet, juge positivement l'existence de ce calendrier.
Accommodements raisonnables
En pleine crise des accommodements raisonnables, il y a quatre ans, le ministère de l'Éducation a discrètement commencé à produire un «calendrier interculturel.»
Ce document, qui énumère au moins 35 fêtes chrétiennes, juives, hindoues, sikhes ou musulmanes, est «mis à la disposition des écoles» pour leur permettre d'organiser «des activités », indique le Ministère.
Mais la présidente du Mouvement laïque québécois, Marie-Michelle Poisson, affirme que des professeurs du Cégep Ahuntsic où elle enseigne, ont été invités à tenir compte d'un calendrier semblable, afin de choisir leurs dates d'examen sans froisser les minorités religieuses.
C'est le religiologue Frédéric Castel qui supervise le contenu de ce calendrier, a révélé le Journal hier. L'expert doit s'assurer que le document ne comporte pas «des inexactitudes, des oublis majeurs et des déséquilibres compromettant l'équilibre entre les diverses religions.» «L'objectif est de ne pas prêter flanc à la critique», précise le contrat de M. Castel.
Hier, l'expert a assuré que ce calendrier n'ouvrait pas la porte à de nouveaux accommodements raisonnables. «J'ai franchement jamais entendu parler d'une telle chose», a-t-il déclaré, sur les ondes de TVA. Il précise que cet «outil» comporte aussi un grand nombre de fêtes laïques.
Au cabinet de la nouvelle ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, on a laissé le soin aux fonctionnaires de répondre aux questions du Journal.
«[Ce calendrier] a été créé d'abord et avant tout pour être un outil de référence, dit le porte-parole du Ministère, Simon Fortin. C'est à chacun des intervenants de décider ce qu'il fait avec.»