À peine arrivée en poste, la nouvelle ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, décidera d'ici «quelques jours» si les élèves québécois seront évalués à l'aide du nouveau bulletin «unique» et «plus clair» que les libéraux promettent depuis des mois.
Le Conseil supérieur de l'éducation a ajouté son grain de sel dans cette saga, hier, en recommandant à Mme Beauchamp de ne pas aller de l'avant avec le nouveau relevé de notes présenté par sa prédécesseure, Michelle Courchesne.
Même si elle vient tout juste d'arriver, la nouvelle ministre «sait que la rentrée s'en vient très rapidement», a indiqué son attachée de presse, Amélie Légaré.
«C'est sûr que l'avis du Conseil supérieur de l'éducation est le plus critique, dit-elle, mais on a reçu plus de 40 mémoires sur le sujet. On veut prendre le temps de se faire une tête. La ministre va prendre une décision au cours des prochains jours», a-t-elle précisé.
«Compétences transversales»
La recommandation négative du Conseil supérieur de l'éducation est venue relancer le débat sur la pertinence de ce nouveau bulletin, qui serait plus simple, identique dans toutes les écoles du Québec et dans lequel on ne parlerait plus de «compétences transversales.»
Les directeurs d'école jugent que la mise en place de ce relevé de notes est toujours «possible», cet automne, mais il faudra agir très rapidement, avertit la présidente de la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement, Chantal Longpré. «On est dans le super-urgent», lance-t-elle.
Mme Longpré appuie la mise en place de ce nouveau bulletin, «en autant que ça se fasse correctement». Elle estime que cet outil répondra mieux aux besoins des parents et ne souhaite pas attendre «encore un an» avant son implantation.
«On est tout le temps en train d'attendre en éducation», déplore-t-elle.
La Fédération des comités de parents ne croit pas que le relevé de notes promis par Michelle Courchesne fera son apparition cet automne. «La rentrée scolaire est dans deux semaines et il n'y a pas encore de décision prise», souligne le président de l'organisme, François Paquet. Il rappelle que les comités de parents n'ont «jamais demandé de modifications au bulletin », bien qu'ils soient favorables à l'arrivée d'un relevé de notes unique.
Commissions scolaires rassurées
La Fédération des commissions scolaires est rassurée par la recommandation du Conseil supérieur de l'éducation.
L'organisme souhaite que la ministre attende au moins un an avant d'aller de l'avant avec ce bulletin, question d'implanter tous les changements que cela engendre. «On pense qu'il est plus sage de reporter ce projet-là pour prendre une décision éclairée», dit la présidente de la Fédération, Josée Bouchard.
Des reproches au nouveau bulletin
Voici des extraits de l'avis rendu hier par le Conseil supérieur de l'éducation.
«Les changements proposés [...] ne sont [...] pas en cohérence avec le Programme de formation de l'école québécoise.» «Des changements d'une telle envergure apparaissent prématurés.»
«Les modifications proposées [...] ne font pas consensus. »
«L'ampleur et la nouveauté des modifications proposées, le délai de consultation ainsi que la date d'entrée en vigueur [...] heurtent de front les acteurs du milieu scolaire [...] Les modifications ne semblent pas tenir compte des pratiques existantes [...]»
Citant des «acteurs» du milieu, le Conseil ajoute ceci :
«Toute modification implantée en catastrophe entraîne son lot de problèmes et une telle improvisation risquerait d'apporter beaucoup plus de confusion que de clarté en plus de susciter de l'inquiétude et de la frustration chez le personnel.»