«Des fois, il faut se permettre de la controverse pour avancer. Si on ne le fait pas, on n'avance pas», fait valoir la présidente de la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement (FQDE), Chantal Longpré.
Dans un char allégorique
Celle qui représente 2 400 directeurs d'école montera dans un char allégorique recréant une salle de classe, dimanche prochain, lors du défilé de la fierté gaie.
Ce sera la première fois qu'un leader du monde de l'éducation prendra part à cet événement haut en couleurs.
Mme Longpré sera accompagnée du comédien Jasmin Roy, qui a écrit le livre Osti de fif !, dans lequel il dénonce l'homophobie dont il a été lui-même victime à l'école. «J'ai lu le livre de Jasmin et j'ai constaté qu'il y avait lieu de faire quelque chose», dit Chantal Longpré.
À son avis, le harcèlement psychologique dont souffrent les jeunes gais et lesbiennes, mais aussi des élèves hétérosexuels perçus comme étant «différents», contribue à accroître le décrochage. «On veut s'attaquer franchement à contrer l'homophobie à l'école parce qu'il y a trop d'élèves qui décrochent», insiste-t-elle.
Jasmin Roy abonde dans le même sens.
«Quand les jeunes sont victimes d'homophobie, on perd des élèves brillants qui veulent rester à l'école. À un moment donné, ils perdent leur concentration, ils décrochent et ils ont des problèmes de santé mentale, dit-il. Il y en a qui vont fuguer, d'autres qui vont se suicider. C'est ça, le combat.»
Le comédien, qui est aussi porte-parole de la Fierté gaie, reconnaît que la décision des directeurs d'école de parader sur un char allégorique est audacieuse, mais il croit que les Québécois sont «prêts» à les voir figurer dans ce défilé où les costumes à paillettes abondent.
«Chaque année, il y a des ministres qui viennent marcher avec nous et il y a à peu près 110 organismes communautaires. Mais ils ne sont pas filmés parce qu'ils n'ont pas de paillettes, plaide-t-il. A-t-on le droit d'être gais et d'avoir droit à l'excentricité comme tout le monde ?»
«C'est sain que ce soit controversé, mais il y a une chose qui est claire, tonne Jasmin Roy. Le Québec a instauré des lois et c'est la responsabilité de l'école de les faire appliquer. Sinon, on va se retrouver avec des problèmes et il va y avoir des recours collectifs», prévient-il.
Chantal Longpré ajoute que la présence des directions d'école à ce défilé vise à rassurer les élèves victimes d'homophobie, «à leur dire qu'ils peuvent parler à leur directeur».
«C'est terminé de se mettre la tête dans le sable, de faire semblant que l'homophobie n'existe pas, dit-elle. L'école, c'est une microsociété et tout ce qui passe dans la société se retrouve dans l'école.»
La ministre n'y sera pas
Jasmin Roy a invité la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, à participer au défilé, mais elle n'y sera pas, a indiqué hier soir son attachée de presse, Isabelle Mercille. "La ministre aurait aimé être de l'événement, mais elle ne pourra pas y participer.
Elle appuie la parade et elle soutient la Fédération des directeurs d'établissement et Jasmin Roy dans leurs démarches ", dit-elle.
Des chiffres qui parlent
Proportion des jeunes gais et lesbiennes victimes, à l'école...
53,7 % d'injures
28,3 % de menaces
24,8 % de taxage
26,3 % d'agressions physiques
Phénomène en hausse
* Entre 2007 et 2008, les actes de violence liés à l'homophobie ont doublé au Canada.
Sources : Gris-Montréal et Chantal Longpré.