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Gaspésie

Les éoliennes bouleversent des vies


Sébastien Ménard
08/08/2010 08h33 
Gaspésie - Les éoliennes bouleversent des vies
Pierre-Luc Fortin et sa conjointe Michèle Ruel vivent littéralement à l’ombre des éoliennes. 
©Journal de Montréal/Sébastien Ménard

Le virage éolien amorcé par Québec au début des années 2000 n'a pas que des effets positifs. Depuis neuf mois, l'apparition de gigantesques virevents à quelques centaines de mètres des maisons, en Gaspésie, oblige des résidents à vivre avec un bruit sourd qui les empêche de dormir et avec d'immenses ombrages que certains jugent étourdissants.

«Depuis que les éoliennes ont été implantées là, ça a complètement changé notre vie», confie Richard Caron, 83 ans, un résident de Saint-Ulric, à l'ouest de Matane.

«Avec la montagne et le décor des érables, on était dans un paradis, ici. Depuis que les éoliennes sont là, c'est l'enfer qu'on vit», raconte-t-il.

Pendant 57 ans, M. Caron et sa conjointe, Thérèse Gaudreau, ont joui d'une qualité de vie « excellente», sur le rang de la Montagne. Mais quand la Northland Power s'est mise à faire tourner des virevents hauts comme des édifices édi-fices de 20 étages, à quelques centaines de mètres de leur demeure, en novembre

2009, tout a basculé. «Si le vent est nord ou nord-ouest, c'est impossible de dormir les fenêtres ouvertes, dit Richard Caron. Et avec l'ombrage que ça projette, à cause du soleil, on devient étourdi si on passe du temps dans la cour. »

Comme un avion à réaction

Le parc éolien de Saint-Ulric est un des quatre sites actuellement en fonction, dont la mise en service fait suite aux appels d'offres lancés par Hydro-Québec, en 2003, pour acquérir 1000 mégawatts d'électricité à partir d'éoliennes. Les trois autres sites se trouvent aussi en Gaspésie. Une vingtaine

de parcs éoliens semblables devraient voir le jour au Québec, dont deux au sud de Montréal. Ce virage énergétique, qui vise à accroître l'approvisionnement d'Hydro-Québec de manière «propre» et «renouvelable», laisse un goût amer à plusieurs citoyens de Saint-Ulric, où la Northland Power a implanté des dizaines d'éoliennes, principalement sur des terres privées.

Pierre-Luc Fortin et Michèle Ruel, un couple dans la vingtaine qui attend un premier enfant, ne savaient pas que des pales géantes tourneraient régulièrement audessus de leurs têtes lorsqu'ils ont acquis leur résidence du rang de la Montagne, il y a moins d'un an.

«Quand on est venu visiter pour acheter la maison, les éoliennes n'étaient pas encore là, dit M. Fortin. Elles sont apparues très vite par la suite.»

Au début, c'était carrément insupportable, raconte le jeune mécanicien.

«Ça faisait un grondement sourd comme un avion à réaction, explique-t-il. Dans la maison, les cordes de guitares vibraient toutes seules.» Mais depuis quelques mois, «on dirait que les éoliennes tournent moins.»

Ce qui agace le plus Pierre-Luc Fortin, c'est la présence de ces immenses virevents au beau milieu d'un décor enchanteur. «Je ne trouve pas ça beau», lance-t-il.

Les ombrages géants observés par ses voisins le dérangent aussi. «On a l'impression que ça flashe tout le temps quand ça tourne à l'heure du souper», déplore-t-il.

Les installer ailleurs ?

De l'autre côté de la montagne, Madeleine Durette avoue passer de «drôles de veillées» lorsqu'elle s'assoit à l'arrière de sa maison du chemin du lac des Îles. Trois éoliennes ont été érigées à quelques centaines de mètres de sa cour. «Ça fait un bruit agaçant, dit-elle. Quand je me couche, je les entends virer dans mon lit.»

Richard Caron aurait préféré que sa résidence demeure une oasis de paix jusqu'à la fin de sa vie. «Je sais qu'on ne peut pas être contre le progrès, mais il me semble qu'il y avait des places pour poser les éoliennes ailleurs», s'indigne-t-il.

1500$ par éolienne

Les citoyens de Saint-Ulric qui ont conclu une entente avec la Northland Power pour qu’elle implante ses éoliennes sur leurs terres reçoivent 1500 $ par an pour chacune de ces immenses structures, un montant que plusieurs jugent dérisoire. «Ça ne vaut pas vraiment la peine, parce que c’est imposable en plus», soupire un résident de la route James, qui a requis l’anonymat.

Madeleine Durette, qui réside sur le chemin du lac des Îles, abonde dans le même sens. «Ils ont planté une éolienne sur le lot de mon mari et une autre sur la terre de l’érablière qui appartient à mes frères, explique-t-elle. Pour tout ce qu’ils ont brisé, je trouve que la compensation n’est pas très élevée.»

Une compensation appréciée par certains

Sa voisine, Fernande Charette, est beaucoup plus nuancée. Les quatre éoliennes qui ont été installées sur ses terres lui rapportent 6000 $ par an, avant impôts.

«Les gens savaient ce que chaque éolienne allait rapporter, souligne-t-elle. Je me suis dit, j’ai quatre petits-enfants, c’est quelque chose que je vais leur laisser.» Mme Charette assure que les éoliennes ne la «dérangent pas».

«Je ne les entends même pas», insiste-t-elle. La dame laisse entendre que la compensation versée par Northland Power a facilité l’acceptation du projet auprès de plusieurs citoyens, même si certains la jugent insuffisante. «Sur la terre, tu ne vis pas seul, dit-elle. Pour certaines personnes, je suis sûre que c’est un revenu qui est agréable et qui aide à vivre.»



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