Il faut restreindre l'accès aux cégeps anglophones

Bernard Landry - Il faut restreindre l'accès aux cégeps anglophones

L’ex-premier ministre du Québec Bernard Landry juge inquiétants les constats faits dans le Journal par le mathématicien Charles Castonguay au sujet de la popularité des cégeps anglais.© Photo Agence QMI

Sébastien Ménard
Le Journal de Montréal

La popularité grandissante des cégeps anglais auprès des francophones inquiète l'ex-premier ministre Bernard Landry, qui estime urgent de limiter l'accès à ces institutions «uniquement à notre minorité anglophone traditionnelle.»

En entrevue au Journal, hier, M. Landry a reconnu que des statistiques comme celles publiées dans notre édition de mardi l'ont convaincu qu'il fallait dorénavant assujettir les cégeps à la loi 101.

Après avoir analysé des données émanant du ministère de l'Éducation, le mathématicien Charles Castonguay, un expert de la question linguistique, concluait dans nos pages qu'environ 500 francophones avaient choisi d'étudier dans des cégeps anglais, depuis deux ans, au détriment du réseau français.

Bernard Landry juge que cette situation n'est «pas acceptable».

«Le collège anglophone doit être réservé à notre minorité anglophone traditionnelle de 8%, martèle-t-il. Les enfants issus de l'immigration ou nos enfants et petits-enfants doivent faire comme les Français, les Américains, les Mexicains et aller au collège de la langue nationale. Autrement, on se sacrifie à l'anglomanie», lance-t-il.

L'ex-premier ministre ne minimise toutefois pas la nécessité de maîtriser plusieurs langues dans la vie.

«Moi, j'en parle trois, dit-il, et mes enfants en parlent au moins deux. Et ça, ça s'est fait sans fréquentation d'autres écoles que les écoles québécoises. Il faut se mettre ça dans la tête.»

Bernard Landry insiste sur l'importance d'obliger les «enfants issus de l'immigration» à fréquenter les cégeps francophones afin de faciliter leur intégration au sein de la société québécoise.

Dans le cas contraire, estime-t-il, le Québec se place dans une situation «invraisemblable».

«Quand on change de pays, on s'adapte à la langue nationale de ce pays, sauf dans des cas exceptionnels de minorités, comme les anglophones», dit-il.

«On ne devient pas Québécois uniquement par la langue, ajoute-t-il. On devient Québécois de plus en plus et aussi par la culture. J'ai beaucoup de respect pour les collèges anglophones, mais je suis sûr qu'on ne parle pas des patriotes de 1837 comme on en parle au Cégep du Vieux-Montréal», fait-il valoir.

Resserrer les permis des écoles anglaises

L'ex-premier ministre a aussi réagi aux révélations faites par le Journal, hier, à l'effet que le nombre d'écoles anglaises 100% privées a explosé, depuis cinq ans. À son avis, il faut resserrer les exigences pour l'obtention des permis permettant d'opérer de telles institutions, notamment au chapitre de la maîtrise du français.

Bernard Landry déplore que la loi 104, qui devait empêcher d'utiliser ces écoles privées comme des «passerelles» donnant accès à l'éducation publique anglaise, ait été «massacrée» par la Cour suprême, une décision qu'il juge «extrêmement grave».

«Notre gouvernement, par manque de courage et de lucidité, a eu une réponse moelleuse et incertaine [à ce jugement de la Cour suprême], tonne M. Landry. Ça va être du cas par cas, dit-il, ce qui veut dire qu'on va repartir pour la Cour suprême.»

M. Landry croit que les libéraux de Jean Charest ont commis «une autre erreur» en ne bloquant pas «complètement cette affaire de passerelle, [ce qui] laisse un espoir à ceux qui veulent encore s'en servir comme passerelle.»


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