La popularité des écoles privées
ne se dément pas. La proportion
d’élèves qui les choisiront continuera
de grimper au détriment
du réseau public, en septembre
prochain, ce qui préoccupe de
nombreux observateurs.
Malgré toutes les campagnes menées
pour «revaloriser l’école publique»,
12,73% des élèves québécois se tourneront
vers le réseau privé en 2010-2011, révèlent
les plus récentes prévisions du
ministère de l’Éducation obtenues par le
Journal.
Il s’agit d’une légère augmentation
par rapport à la situation qui prévalait
l’an dernier et, surtout, d’un nouveau
sommet.
La baisse démographique qui frappe
de plein fouet les écoles publiques du
Québec depuis plus d’une décennie affectera
pour la première fois le réseau
privé. Celui-ci devrait
accueillir
124 587 élèves, en
septembre prochain,
une diminution
de quelques
centaines d’écoliers
par rapport à l’an dernier. Mais cela
n’a rien à voir avec le déclin marqué que
connaît le réseau public, qui comptera
quelque 12 000 élèves de moins qu’en
septembre 2009, et 150000 de moins qu’il y a
10 ans.
Au total, cette situation fera grimper
la proportion d’élèves qui opteront pour
l’école privée au lieu de l’école publique
(voir encadré).
Préoccupant
La popularité du réseau privé connaît
une croissance légère, mais constante
depuis 2005, un phénomène qui «préoccupe» le professeur Gérald Boutin, de
l’UQAM. «L’augmentation n’est pas
faramineuse, mais elle est constante, dit
l’expert. On ne peut pas banaliser cette
réalité-là.»
À son avis, la situation est attribuable
«à l’image très idéalisée» que la société
québécoise se fait des écoles privées.
La présidente de la Fédération des
commissions scolaires du Québec, Josée
Bouchard, abonde dans le même sens.
«Il y a encore des perceptions à l’effet
que les parents qui
envoient leurs enfants
au privé auront
de meilleurs
services», déploret-
elle.
Mme Bouchard
reconnaît que plusieurs
campagnes
de sensibilisation
ont été menées pour
renverser la tendance,
«mais ce
n’est vraiment pas
suffisant», dit-elle.
Chantal Longpré, de la Fédération
québécoise des directions d’établissement
d’enseignement, souligne que le réseau
public doit faire preuve d’une «plus
grande créativité» pour répondre aux
besoins de tous les élèves qui lui sont
confiés. «Les enseignants et les directions
d’école, du privé comme du public, sont
formés de la même
façon, dit-elle. Il est
faux de penser que
l’enseignement privé
est meilleur.»
Se réinventer
Selon Mme Longpré,
«l’école publique
doit se réinventer» si
elle souhaite rivaliser
avec le réseau privé.
«Il faut revoir tout
l’aspect de l’autonomie
de fonctionnement,
toute la flexibilité et la capacité des
écoles à prendre des décisions près de l’élève.
C’est ce qui se passe au privé», dit-elle.
Les commissions scolaires souhaitent
plutôt que le gouvernement lance «un
vrai débat» sur le financement des écoles
privées.
«On n’est pas contre l’école privée au
Québec, mais avec un système qui est financé
à 60 % par l’État, c’est un encouragement
à se diriger vers le privé», croit
Josée Bouchard.
Le professeur Gérald Boutin estime
qu’il faut éviter de tomber dans «des positions
très radicales», comme l’abolition
complète des subventions aux écoles
privées.
Il juge néanmoins qu’un financement
public de 60 %, «c’est quand même très
important par rapport à d’autres pays».