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Écoles | Ritalin

«Dopage scolaire» au Québec

Sébastien Ménard
Journal de Montréal
22/06/2010 05h54 
Écoles | Ritalin - «Dopage scolaire» au Québec
Des psychostimulants comme le Ritalin sont prescrits à des milliers d’enfants pour rien, affirme Joël Monzée. 
© Photo D'Archives

Des milliers d'élèves québécois consomment des médicaments comme le Ritalin alors qu'ils n'en ont pas besoin, affirme un expert, qui considère que cela équivaut à du «dopage scolaire.»

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La pointe de l'iceberg

Dans un livre à paraître ces jours-ci et dont le Journal a obtenu copie, le psychothérapeute et docteur en neurosciences Joël Monzée pose un regard très critique sur la consommation de psychostimulants au Québec.

À son avis, le recours à des médicaments tel le Ritalin pour «calmer» des élèves «dérangeants» constitue une forme de «dopage», au même titre que la consommation de stéroïdes chez les athlètes. «S'il est clair que certains enfants [...] ont de réelles difficultés d'apprentissage, tous n'ont pas besoin d'une médication pour répondre aux attentes des adultes», tranche Joël Monzée, dans Médicaments et performance humaine : thérapie ou dopage ?

Médecins, profs et parents

La consommation de Ritalin est en voie d'atteindre un nouveau record au Québec, a révélé le Journal, le mois dernier.

Ce médicament est prescrit aux enfants souffrant d'un trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité (TDAH).

Joël Monzée pointe du doigt le système de santé pour expliquer le phénomène.

«L'expérience clinique et les statistiques montrent [...] que les enfants obtiennent de plus en plus facilement un diagnostic de nature psychologique dès que leurs comportements sortent des normes», déplore l'expert, dans son ouvrage.

M. Monzée estime que les médecins n'ont pas le temps d'établir un diagnostic éclairé.

«L'omnipraticien agit pour stopper le plus rapidement possible la situation de crise vécue par la famille [...] Il n'est donc pas étonnant que le [diagnostic] soit abrégé et que la prescription d'un psychostimulant soit perçue comme la meilleure manière d'intervenir», avance-t-il.

Joël Monzée croit que les outils utilisés par les médecins pour déterminer si un enfant souffre d'un TDAH comportent des failles. Il en va de même, selon lui, pour de nombreuses études sur le sujet.

M. Monzée attribue une part de responsabilité aux enseignants qui, bien souvent, «invitent les parents à consulter un médecin pour obtenir un diagnostic [et se font prescrire] un moyen éducatif ou thérapeutique qui réduira la fréquence des comportements dérangeants.»

Les obligations de «performance» de la vie moderne font vivre à plusieurs profs et parents un «syndrome de stress secondaire », ajoute Joël Monzée. Il devient alors tentant pour eux de croire que la médicalisation des enfants réduira leur propre «souffrance», en corrigeant les comportements qui les «dérangent».

M. Monzée n'épargne pas les compagnies pharmaceutiques, qui cherchent selon lui à maximiser leurs revenus.

Il rappelle que le Ritalin était censé n'être prescrit qu'à des enfants en bas âge, à l'origine. «[Mais] en l'espace de quinze ans, les entreprises [...] ont réussi à convaincre scientifiquement que leur produit était utile de la maternelle à la fin de la vie...», indique le spécialiste, dans son ouvrage.

Pas une maladie

Les «comportements dérangeants» des élèves à qui l'on prescrit des psychostimulants sont en fait «des réactions protectrices », explique Joël Monzée.

«Le comportement réactif n'est probablement pas acceptable, mais il n'est pas pathologique, insiste-t-il. C'est une réaction neurologique normale (et nécessaire) face au stress, que l'enfant doit apprendre à tempérer.» Certains le manifestent en étant agités, souligne-t-il.

Au lieu de prescrire des médicaments aux enfants qui sortent ainsi des normes, il faudrait plutôt «agir sur la source de leurs comportements» et leur apprendre «à mieux gérer leurs émotions.»

Autrement, on est face à un grave problème de «dopage scolaire», estime Joël Monzée.





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