La baisse du nombre d'élèves par classe négociée entre Québec et la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE) entraînera l'embauche de 2 090 profs additionnels au primaire et de 857 pédagogues supplémentaires au secondaire, a révélé hier le bureau de la ministre de l'Éducation.
Applaudie par tous les observateurs interrogés par le Journal, cette croissance du personnel enseignant fait néanmoins sourciller les directeurs d'école de la province qui jugent la cible «idéaliste».
À l'heure actuelle, près de 2 000 individus enseignent dans les écoles du Québec sans détenir la moindre formation en pédagogie. «J'ai peine à croire qu'on aura 3 000 nouveaux enseignants prêts à enseigner d'ici deux ans», dit Chantal Longpré, de la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement.
Mme Longpré souligne qu'un grand nombre de profs prendront leur retraite au cours des prochaines années. Elle espère que les nouveaux postes qui seront créés ne seront pas occupés par davantage d'invididus non qualifiés, «parce que ça ne rendrait pas service aux élèves.»
«Il y a un risque»
Le président du Comité patronal de négociation pour les commissions scolaires francophones, Bernard Tremblay, reconnaît que la réduction du nombre d'élèves pourrait être difficile à réaliser dans certaines régions. «Il y a un risque, effectivement, parce qu'on exerce cette baisse de ratio à court terme», fait-il valoir.
M. Tremblay souligne toutefois que «plus les années passent, plus le nombre d'enseignants formés vient contrebalancer cette pénurie qu'on peut voir dans certains champs d'enseignement». Les postes en mathématiques, en anglais et en orthopégagogie sont les plus difficiles à combler.
Bernard Tremblay précise que la nouvelle convention collective permettra aux écoles de contourner les nouveaux ratios d'élèves «si elles n'ont pas le personnel pour y répondre.» Dans ce cas, les sommes devant servir à l'embauche de profs additionnels seront plutôt investies «dans des services d'appoint», indique- t-il.
Situation suivie de près
La présidente de la Fédération des commissions scolaires, Josée Bouchard, assure que «ce qui a été mis sur la table a été bien évalué.» Elle croit que l'entente conclue avec les enseignants pourrait faciliter le recrutement de futurs profs.
Le nouveau contrat de travail prévoit aussi l'ajout de 20 M$ par année pour l'intégration des élèves en difficulté et facilite l'embauche des profs débutants. «Je pense que ça va encourager des jeunes à embrasser cette carrière- là», dit Mme Bouchard.
La doyenne de la Faculté des sciences de l'éducation de l'UQAM, Monique Brodeur, soutient que «les universités vont continuer à faire du travail» pour lutter contre la pénurie d'enseignants. Elle croit que ces nouveaux postes représentent une occasion «pour les enseignants à statut précaire d'accéder à des postes à temps plein.»
Au bureau de la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, on se fait rassurant.
«Selon nos prévisions, on est en mesure de combler tous ces nouveaux postes, dit l'attachée de presse de la ministre, Tamara Davis. C'est une situation que le Ministère va suivre de près.»
Des classes plus petites
Au primaire
Québec avait déjà annoncé une importante réduction du nombre d'élèves dans les classes du primaire. Cette baisse sera de 3 élèves par groupe et il n'y aura pas plus de 20 enfants dans les classes situées en milieux défavorisés.
Coût : 115 M$
Au secondaire
C'est au secondaire que les enseignants ont réalisé des gains. Voici le nombre maximum d'élèves par classe, en première secondaire et en deuxième secondaire, d'ici 2014 :
Présentement : 32
2011-2012 : 31
2012-2013 : 30
2013-2014 :
28 en 1re secondaire
29 en 2e secondaire
Coût : 47 M$