MONTREAL - Le débat sur la souveraineté est-il dépassé? Selon un sondage CROP, plus de la moitié des Québécois ne se sentent ni fédéralistes, ni souverainistes, ou ne sont encore pas du tout intéressés par la question.
L’Option fédérale, un mouvement de réflexion sur le fédéralisme, a rendu public jeudi les résultats de ce sondage mené auprès de 1000 citoyens en avril dernier et dont le but est de faire le point sur la pensée politique des Québécois, près de 30 ans après le référendum de 1980.
Ainsi, plus de 58% des répondants jugent que le débat sur la souveraineté du Québec est dépassé. Seul un petit pourcentage (14%) de souverainistes purs et durs y croirait toujours.
Plus de la moitié des Québécois jugeraient également que leur province a moins de raisons de devenir indépendante aujourd’hui qu’il y a 30 ans.
La survie du français avant l’identité
Si 22% de la population se déclare fédéraliste et 24% nationaliste, 47% des Québécois se situent entre les deux idéologies ou ne s’y reconnaissent tout simplement pas.
«Il y a encore deux camps politiques au Québec, mais ceux-ci sont infiniment petits. Plus de la moitié de la population ne s’inscrit plus du tout dans ce débat», observe le président de la firme de sondage CROP, Alain Giguère.
La survie de la langue française semble être devenue un élément plus rassembleur au sein de la population, alors que 57% des personnes interrogées ont déclaré que la survie du français est moins bien assurée qu’il y a 30 ans.
«Même si plusieurs trouvent le débat dépassé, ils ne sont pas tout à fait satisfaits du gouvernement fédéral. 56% de la population juge que les désaccords entre le reste du Canada et le Québec ne sont généralement pas réglés à la satisfaction de deux parties. Les gens sont très critiques», note aussi André Pratte, porte-parole de l’Option fédérale.
Ce dernier a d’ailleurs dû défendre son organisme, lors du point de presse mardi, affirmant avec vigueur que l’Idée fédérale n’avait pas de «position officielle sur la souveraineté» et qu’il ne faisait pas de «propagande» pour le fédéralisme.
Un «désintérêt» marqué
Les résultats de ce sondage ne surprennent guère le politicologue Jean-Herman Guay, de l'Université de Sherbrooke, qui croit que le «désintérêt» envers le débat sur la souveraineté remonte déjà à plusieurs années.
«On en parle beaucoup moins, même du côté du Parti Québécois qui a modifié son approche à ce sujet. L’idée continue de mijoter, mais elle n’est plus à l’avant-plan, du moins à court terme», estime-t-il.