Invité à Montréal grâce à la participation financière de Power Corporation, Al Gore a été beaucoup moins incisif à l'endroit du Canada que lors de sa visite à Toronto, en novembre dernier, alors qu'il avait semoncé le gouvernement Harper et qualifié l'exploitation des sables bitumineux de «l'une des plus sérieuses menaces pour l'espèce humaine.»
Hier, devant 3 000 participants au Sommet du millénaire, il a parlé de l'urgence d'agir pour stopper les effets du réchauffement climatique et de sa déception de l'échec des négociations de Copenhague pour la ratification d'un accord international.
«Il y a eu du progrès, mais c'est loin d'être suffisant. Maintenant, c'est à nous d'agir. [...] Les États-Unis et, je dirais, le Canada ont l'obligation de devenir des leaders », a-t-il déclaré, en soulignant la volonté du président Barack Obama de convaincre le Sénat d'appuyer un nouvel accord inter national sur les changements climatiques.
Mais, cette fois-ci, il s'est bien gardé de critiquer le gouvernement canadien, qui défend à l'échelle inter nationale son industrie pétrolière basée sur les sables bitumineux.
Il faut dire que l'ex-vice-président a été présenté par nul autre qu'André Desmarais, co-chef de la direction de Power Corporation, une entreprise qui a des intérêts dans l'exploitation des sables bitumineux albertains, via ses investissements et sa position au conseil de la pétrolière Total.
M. Desmarais, qui a parlé de ses «nombreuses rencontres» avec Al Gore, a même fait un plaidoyer pour la survie de la planète. «Nous sommes conscients que la qualité de l'environnement est cruciale pour l'avenir de notre planète [] Notre survie en dépend», a-t-il dit.
Fait à noter : son frère et partenaire, Paul jr, est le seul Canadien à siéger au conseil de Total, qui projette d'extirper 3 milliards de barils de pétrole des sables bitumineux d'ici 30 ans.
Des énergies plus propres
Al Gore a remercié son «cher bon ami André Desmarais» avant d'effleurer la question des ressources énergétiques. «Nous ne pouvons plus continuer de dépendre du pétrole», a-t-il souligné.
Toutefois, il a fait remarquer que la plupart des émissions de gaz à effet de serre provenaient des pays en voie de développement. «Si les émissions de gaz à effet de serre provenant des pays industrialisés, comme les États-Unis et le Canada, étaient réduites à zéro, demain, le monde aurait toujours une énorme crise climatique.»
Selon lui, il faut aider les pays émergents à produire de l'énergie plus propre, grâce à la technologie. «La technologie existe maintenant et est disponible pour produire de l'énergie sans la pollution», a-t-il conclu.
Séjour écourté
En raison des perturbations du trafic aérien par l'éruption du volcan islandais, Al Gore a dû écourter sa visite à Montréal et quitter immédiatement après son discours, sans accorder d'entrevue. Il a annulé des rencontres qu'il devait avoir avec des membres canadiens de son organisation The Climate Project, formés pour transmettre sa «bonne parole».
* Power Corporation contrôle, avec Albert Frère, le Groupe Bruxelles-Lambert, qui possède environ 5 % des actions de Total, ce qui en fait le plus important actionnaire unique de la pétrolière. Les familles Desmarais et Frère ont deux des 15 sièges du conseil d'administration de la pétrolière.