Les intrigues du parlement

Québec - Les intrigues du parlement

Raymond Bachand a finalement annoncé la date de dépôt de son budget.© Agence QMI


Taïeb Moalla

OÙ EST FRANÇOIS «CHARLIE» BONNARDEL?

Tout juste à la frontière de la vie publique et de la sphère privée, la relation amoureuse de la libérale Nathalie Normandeau et de l'adéquiste François Bonnardel est un des sujets les plus délicats à couvrir pour les journalistes. Dans ce dossier, nous marchons systématiquement sur des œufs de peur de franchir la ligne jaune. Heureusement que nous avons pu compter, cette semaine, sur l'appui bien involontaire du ministre de la Santé, Yves Bolduc. Ce dernier a lancé cette question lourde de sens, mercredi, pendant la période des questions: «Où il était, le député de Shefford, quand on a fait ce ménage-là?» Devant l'hilarité générale, M. Bolduc a dû battre en retraite. «Je ne ferai pas de farce avec ça», a-t-il prudemment ajouté.

Toujours à l'avant-garde dès qu'il s'agit d'informer ses lecteurs, Le Journal s'est courageusement adressé à M. Bonnardel pour lui demander son opinion. «Je ne m'offusque pas de ça. Je prends le tout avec un grain de sel», a-t-il dit. Réaction presque identique de sa conjointe. «Il faut accepter ça. C'est juste sympathique et ça détend l'atmosphère au Parlement. Je reconnais aussi que c'est une situation particulière, peut-être même unique», a reconnu la députée de la bien nommée circonscription de Bonaventure. Cela dit, la vice-première ministre a refusé de répondre à la «vraie» question. «Vous ne saurez pas où était le député de Shefford», a-t-elle lâché aussi gentiment que fermement.

LE BUDGET AUQUEL ON A ÉCHAPPÉ

Comme chaque année, la date de dépôt du budget fait l'objet de diverses spéculations. Ce n'est d'ailleurs que vendredi, en fin d'après-midi, que le gouvernement a annoncé que le dévoilement de ce document très attendu se fera le 30 mars. Pendant toute la semaine, le ministre des Finances, Raymond Bachand, a été assailli de questions pour savoir si la date du 25 mars -annoncée prématurément par le quotidien La Presse -tenait vraiment la route. Le ministre a d'abord expliqué que l'Ontario a annoncé le dépôt de son propre budget le 25 mars, ce qui compliquait un peu les choses pour le Québec. Comme cet événement se déroule généralement le jeudi, le gouvernement a-t-il pensé déposer un budget «poisson d'avril» le jeudi 1er avril ? a demandé le Journal (presque) sérieusement. «J'y ai réfléchi, a répondu le ministre à la blague. Comme ça, si ça ne fait pas l'affaire de beaucoup de monde, je pourrais dire le lendemain que les annonces n'étaient pas vraies...» Parce que le budget pourrait vraiment mécontenter certaines personnes?

LA PHRASE DE LA SEMAINE

«Le problème, c'est que le gouvernement libéral, en la personne du premier ministre du Québec, a voulu avoir les deux mains sur le volant lors de la dernière élection. Mais quand on est au volant d'une voiture, souvent, on a un GPS. Et il faudrait écouter le GPS populaire qui dit: "Recalcul en cours."» -Dave Turcotte, député péquiste de Saint-Jean.

L'AUTRE PHRASE DE LA SEMAINE

Vraiment désolé de citer encore un autre député péquiste, mais Pascal Bérubé a eu un bon flash sur son fil Twitter cette semaine. «Si le PQ a ses "belles-mères", le PLQ a quant à lui son "Bellemare"», a gazouillé le représentant de Matane. Les oreilles de l'avocat Marc Bellemare ont apparemment silé.

SÉANCE DE BRICOLAGE À L'ADQ

Réagissant à l'organigramme tentaculaire du ministère de la Santé présenté en Chambre par l'ADQ, un collègue a glissé «qu'ils font du bricolage à l'ADQ, maintenant»! C'est vraiment méchant. Il y avait aussi beaucoup d'efforts du côté du coloriage dans ce beau dessin qui a eu droit à la une du Journal à défaut d'étoiles dans un cahier.

LA «CONFIANCE» DE PAULINE MAROIS

Moment d'hilarité jeudi midi dans la hot room, la salle de l'Assemblée nationale dans laquelle les journalistes essaient de ne pas trop se faire manipuler par les politiciens. «Est-ce que vous avez vraiment confiance en M. Blanchet? Je parle du DGE évidemment, là», a lancé un journaliste à Pauline Marois en entretenant une certaine ambiguïté sur le «Blanchet» dont il est question (Marcel Blanchet, directeur général des élections ou Claude Blanchet, l'homme à qui Mme Marois a uni sa destinée en 1969). Pour la petite histoire, sachez que la chef de l'opposition officielle a bel et bien confiance dans ses deux «Blanchet».

LA BONNE NOUVELLE DE LA SEMAINE

Contredisant des rumeurs très alarmistes qui ont couru sur la Colline parlementaire au cours des derniers jours, une source libérale a juré au Journal que le ministre Claude Béchard «prenait du mieux» à la suite d'une nouvelle opération liée à son cancer. «Il regarde même la période des questions à la télévision», nous a-t-on fait savoir. Le Journal, qui ne prétend détenir aucune expertise dans le domaine médical, soumet humblement que la période des questions à l'Assemblée nationale - particulièrement houleuse cette semaine - n'aidera certainement pas un convalescent à conserver son calme...

CHRISTIANE GAGNON RESTE MOTIVÉE

Élue et réélue sans arrêt comme députée de Québec depuis 1993, Christiane Gagnon soutient que sa principale motivation demeure la souveraineté du Québec. «C'est une part de mon combat politique, dit-elle. Être à Ottawa me permet d'être un témoin important et d'avoir une position privilégiée pour donner des arguments à la population que le fédéralisme ne sera jamais rentable pour le Québec.» Mme Gagnon refuse cependant de dire que le Bloc québécois parle davantage d'indépendance que le Parti québécois. «On est des partis complémentaires», a-t-elle lâché, rappelant que la souveraineté demeure également au cœur de l'engagement du PQ. La députée de Québec confirme qu'elle sera bel et bien candidate à sa propre succession à la prochaine élection fédérale.

LE «NOUI» DE STÉPHANE GENDRON

Tout en louangeant le travail des députés bloquistes, le coloré maire de Huntingdon, Stéphane Gendron, présent hier au conseil général du Bloc québécois, a glissé que «s'il y avait un référendum demain matin, je ne sais pas si je voterais oui». M. Gendron, qui a flirté avec l'idée de se présenter comme candidat à la chefferie de l'ADQ l'automne dernier, a prévenu les militants bloquistes qu'il ne leur annoncerait pas une candidature sous les couleurs du parti de Gilles Duceppe. «Malheureusement, je n'appartiens à aucun parti politique. Je suis indescriptible, a-t-il dit. Un jour peut-être, on l'aura, notre pays, et on aura la chance de se prononcer de nouveau sur la question, mais l'utilité du Bloc demeure. (...) On votera Bloc à la prochaine élection.» En entrevue avec le Journal, M. Gendron a clairement distingué le Bloc de son parti frère, le PQ. «C'est un parti (le Bloc) beaucoup plus ouvert et moins sectaire que le Parti québécois, croit-il. Il y a cette ouverture intellectuelle au Bloc qui est très séduisante, comparativement à l'esprit de fermeture du PQ, qui occupe le champ de l'ADQ. (...) Pauline Marois, c'est la nouvelle Mario Dumont. C'est inquiétant.»


Vidéos

Photos