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Hôpital vétérinaire

L'urgence qu'on voudrait

Serge Labrosse
Le Journal de Montréal
03/03/2010 04h25 
Hôpital vétérinaire - L'urgence qu'on voudrait
Yogi, le grand danois. 
© Serge Labrosse

À l'heure où médecins, infirmières et patients dénoncent la menace que l'engorgement des hôpitaux fait peser sur la population du Québec, il est singulier de constater la qualité des soins dont sont entourés nos animaux de compagnie, dans les hôpitaux vétérinaires. Pourvu que leur maître puisse payer la note, ils n'attendront pas à l'urgence, ne seront pas oubliés dans un corridor et leur opération ne sera pas reportée indéfiniment. Bien sûr, ici, plus qu'ailleurs, la vie a un prix : sans argent -sans carte-soleil, c'est l'euthanasie quasi assurée. Néanmoins, à l'Hôpital vétérinaire Rive-Sud, la vie de chien a parfois ses bons côtés.

1. YOGI LE DANOIS

UN ACCIDENTÉ DE LA ROUTE

L'urgence est occupée depuis le matin. À midi quinze, l'arrivée prochaine d'un accidenté de la route est annoncée. Le dîner attendra. Branle-bas de combat.

C'est un gigantesque Danois qu'on amène à l'hôpital, quelques minutes plus tard.

Le docteur Kfoury, qui doit le transporter dans ses bras pour aller l'installer sur une table d'examen, estime son poids à 150 livres.

L'animal ne geint pas, ne grogne pas. Mais il souffre manifestement. Il halète et on peut constater aisément qu'il a le souffle saccadé. Il est amorphe. Son corps est froid.

Bref examen de la gencive: elle est décolorée, signe d'une mauvaise oxygénation.

On craint que les blessures apparentes à trois de ses pattes, dont une plaie ouverte, ne soient que les signes extérieurs d'un état plus grave.

Ce que confirment bientôt les examens: contusions pulmonaires et saignements internes, lance le vétérinaire urgentiste.

La radiographie n'a pas été facile. On s'y est mis à trois pour tenir, retourner, étirer la bête de tout son long. Après avoir stabilisé son état à l'aide de solutés, bien sûr.

Au moment où on ramène le Danois à la salle des soins intensifs, il semble avoir repris du mieux. Relève la tête. Sa gencive a retrouvé sa coloration rosée.

L'accident raconté

Arrive alors Marie-Ève Robillard, la propriétaire de Yogi, le nom du Danois. Elle s'empresse de se rendre au chevet du géant, déposé sur une grande couverture dans une cage ouverte. Pas plaignard, Yogi consent à relever la tête, se laisse cajoler, se recouche.

Le directeur de l'urgence rencontre la jeune femme et lui rend compte de la situation. Les frais s'annoncent élevés : au minimum 2 100 $ pour hospitaliser et soigner le Danois. Jusqu'à 3 500 $ si une transfusion s'avère nécessaire. Elle accepte.

Marie-Ève raconte plus tard au Journal : «Je sortais de la maison pour me rendre au camion, boulevard Rosemont, à Montréal. Il est allé dans la rue et une auto l'a frappé.»

«Ç'a fait un gros bang. Mon chien a fait une couple de tonneaux. Puis, il est resté étendu dans la rue. La police est venue. Il y avait plein de sang sur l'auto. L'aile avant était enfoncée.»

Fort heureusement, Yogi s'en tirera. «Mais 3 000 $, c'est une dépense comme pas prévue», lâche Marie-Ève avant de laisser son chien aux bons soins de l'hôpital.

2. MOUMOU LE CHAT

UN LAVAGE PEU COMMODE

Pauvre Moumou. Quinze semaines après avoir vu le jour, le chaton vient de vivre le premier drame de sa jeune vie dans un lave-vaisselle en marche.

Pour Moumou, qui a vite fait savoir par ses miaulements l'âpre bataille qu'il livrait pour survivre sous une pluie chaude et torrentielle, l'affaire a pris l'allure d'une «rencontre du troisième type».

Tandis que sa petite maîtresse, Jade, 6 ans, en est encore abasourdie, la mère de l'enfant, Marcelle Breton, de Brossard, raconte l'expérience.

»Ça n'était pas la première fois qu'il entrait dans le lave-vaisselle. Il était attiré par les restes de nourriture. On le sortait de là, bien sûr.»

On ne l'a pas vu

«Mais là, on ne l'a pas vu. On a mis le lave-vaisselle en marche. Il ne s'est rien passé pendant deux ou trois minutes. Mais tout à coup, on l'a entendu crier. On a tout de suite ouvert la porte. Vous n'avez jamais vu un chat sortir d'un lave-vaisselle?»

«Ses pattes, brûlées, étaient horribles. Son corps avait été ébouillanté. Il est sorti et s'est écrasé tout de suite à terre. J'ai bien cru qu'il était en train de mourir et je crois bien que s'il avait passé une minute de plus là-dedans, il serait mort.»

«Il se lamentait, il était mouillé et ne voyait plus devant lui. Sa maman chat est arrivée et le léchait partout. Il ne voulait pas se faire toucher. Puis, dans la nuit, vers quatre ou cinq heures, il s'est mis à se lamenter. On est venus à l'hôpital.»

Des cas incroyables

Si vous croyez que des cas semblables sont uniques, détrompez-vous. À l'hôpital vétérinaire de la Rive-Sud, on en a vu d'autres: un chat qui s'était brûlé les pattes en sautant sur un poêle au bois, un autre qui s'était étouffé avec les glaçons du sapin de Noël (un classique), et celui-là qui avait avalé tout rond une paille.

«Vous savez, 90 % des gens nous disent que leur chien ne mange jamais rien. Pourtant, on trouve de tout, dans leur estomac, raconte sans rire le docteur Sébastien Kfoury. On a déjà trouvé quatre ou cinq roches, des jouets, une suce, des bas de nylon, un couteau à patate chez un autre et même une languette chausse-pied de 30 cm de long!» assurent le vétérinaire et les membres de son équipe.

Heureusement pour la petite Jade, on a pu soigner son chaton, retirer délicatement les peaux mortes sur les coussinets de ses pattes, y appliquer une pommade et les lui enrubanner de rose -même si c'est un mâle, car «c'est ma couleur préférée», a expliqué Jade.

Parions que jamais, jamais plus Moumou ne s'aventurera dans le lave-vaisselle.

3. LES YORKSHIRE MILOU ET DOUDOUNE

UNE GROSSESSE OU UNE MALADIE ?

Milou et Doudoune sont deux magnifiques Yorkshire dont Johanne et Jacques Goudreau prennent grand soin. Mais Doudoune a grossi : est-elle enceinte de Milou ?

Elle est pourtant fiévreuse.

Un bref examen déçoit les attentes: ce n'est pas demain que Milou sera papa. Le docteur Sébastien Kfoury n'a pas tardé à confirmer ce qu'il craignait déjà à l'examen: l'utérus de la petite chienne est gravement infecté. Il devra lui être retiré d'urgence.

À l'échographie, c'était l'évidence. Et si on pouvait encore en douter, l'opération le confirme hors de tout doute.

L'utérus est retiré dans les minutes qui suivent sur la table d'opération et il est gonflé comme un ballon.

Le chirurgien craint même, à un moment, qu'il n'éclate pendant l'intervention. Il prend les précautions qui s'imposent, retire l'utérus et recoud la «patiente».

État critique

Ses maîtres ont bien fait de l'emmener à l'urgence. Son état était critique.

Johanne et Jacques Goudreau ont dû débourser près de 1 000 $ pour la consultation, l'échographie, la chirurgie et l'hospitalisation.

«Ça démanche un compte de banque, surtout dans le temps des Fêtes», confie Jacques.

Mais si Doudoune ne pourra jamais offrir de rejeton à Milou, en revanche, elle pourra vivre encore de beaux jours avec le couple. Et c'est bien ce qui comptait.


COMBIEN ÇA COÛTE ?

«Ça va coûter combien ?» À l'urgence d'un hôpital vétérinaire, c'est «la» question qui revient infailliblement.

Pour un habitué du Régime d'assurance-maladie du Québec, qui n'a jamais à réfléchir à la question des coûts lorsqu'il est hospitalisé, la réponse, chez le vétérinaire, est souvent assommante :

  • Une consultation à l'urgence : 100$
  • Test d'urine : 40$
  • Prise de sang : 150$
  • Échographie : 100$
  • Radiographie abdominale : 135$
  • Ablation de l'utérus : 300$
  • Hospitalisation : 300$ à 400$ par jour

C'est sans compter l'anesthésie, l'intraveineuse, les antibiotiques.

Si on ne choisit que les examens présentant le meilleur rapport coût-résultat, on joue avec la santé de l'animal.

Pour le propriétaire d'un animal de compagnie, c'est parfois le choix déchirant qui s'impose: faire ce qu'il peut, avec ses moyens financiers, pour sauver son compagnon, ou le condamner à l'euthanasie.

Assurances

On peut, bien sûr, prendre une assurance sur la santé de son animal. Surtout quand on apprend du docteur Kfoury «qu'un animal sur trois aura une maladie majeure, dans sa vie».

«Mais l'assurance, ce n'est pas dans les moeurs, ici», ajoute-t-il. Il faut être prêt à débourser «entre 20$ et 80$ par mois». Alors, quand se produit l'inattendu, on est parfois pris au dépourvu.

«Toi, comme vétérinaire, tu veux progresser rapidement dans l'intérêt de la santé de l'animal, dit le docteur Kfoury. Mais on te dit : «fais ce que tu peux sans prise de sang». Trop souvent, on progresse essai après essai, plutôt que de diagnostiquer correctement le problème.»

«C'est normal, aussi, que les clients se méfient. C'est quand la clientèle devient régulière qu'elle apprend à nous faire confiance.»





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