La mairesse de Longueuil monte aux barricades

Entrevue - La mairesse de Longueuil monte aux barricades

La mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire.© Archives

Mathieu Turbide

La nouvelle mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire, dit aimer «les luttes et les batailles». Depuis son élection, il y a 100 jours, elle a été servie. Les attaques sont venues non seulement de l'opposition au sein de son propre conseil, mais aussi de Montréal. Mme St-Hilaire a accordé une entrevue exclusive au Journal pour marquer ses 100 jours au pouvoir.

Q Vous avez eu deux mauvaises nouvelles au cours de ces 100 premiers jours au pouvoir : d'abord, le trou de 29 M$, puis cette augmentation de tarif pour le métro imposée par la STM et la Ville de Montréal. Comment allezvous réagir à cette deuxième tuile?

R Sur le territoire de Longueuil, ce sont plus de 4000 personnes, presque 10 000 dans la région et même 3000 personnes de Montréal qui viennent travailler à la Place Charles-Lemoyne. Et il y a beaucoup d'étudiants.

Comment va s'articuler la réplique? On n'envoie plus la quote-part de Longueuil, qui est de 1,6 million$ par année. Ce n'est pas une menace, c'est une décision. Je passe à l'action.

Q Pensez-vous que ça va fonctionner?

R Ça a fonctionné pour le maire de Laval. Pourquoi ça ne fonctionnerait pas pour nous? Ce serait comme deux discours.

Moi je leur ai dit, déjà, jeudi dernier, que je n'étais pas contente et que ça n'en resterait pas là.

En fait, c'est Montréal qui a plié devant Laval et qui est allé vite, un peu. C'est ce que je déplore. Ne peut-on pas s'asseoir et trouver une solution ensemble? Je comprends qu'il y a un problème. Mais il faut s'asseoir. Il n'y a personne qui pense intelligemment que, du jour au lendemain, on impose 58% de hausse (ce qui représente 2,2 millions$ par année) et qu'il n'y aura pas de problème. Ça ne marche pas.

On ne parle pas de la même affaire, entre Laval et Longueuil. Il y a quatre stations à Laval et une seule à Longueuil. Ce n'est pas le même kilométrage non plus. Ce ne sont pas les mêmes infrastructures. Ça me donne quoi, à moi, comme mairesse et comme présidente du RTL, ou comme citoyenne, de payer plus cher? Absolument rien.

C'est indéfendable. Je ne peux pas dire: vous comprenez, en retour, on va avoir ci, on va voir ça, ou on a la garantie qu'on va avoir une deuxième station de métro dans deux ans, non, il n'y a rien. Rien. C'est juste pour faire plaisir à un maire qui en a eu pas mal. Ça ne marche pas. Moi, je ne peux pas défendre ça.

Q Vous avez promis du changement à Longueuil. Est-ce que vous avez pu changer ce que vous vouliez, depuis votre élection?

R Le tonacomplètementchangé.La présence au conseil municipal, les citoyens sont beaucoup plus là, notamment aux périodes de questions. La notion de transparence, aussi. Par exemple, au premier conseil, j'ai déposé l'étude de Dessau sur le bruit (à l'aéroport de Saint- Hubert). Ça faisait longtemps que les citoyens demandaient ça. On va faire une consultation sur l'aéroport, ça sera la première grosse consultation où vraiment les gens le demandaient depuis deux ans.

On a aussi ouvert au public les réunions du comité des finances publiques. Il faut faire preuve d'imagination. On arrivait en poste et on découvre un trou de 29 millions$. Je pense que c'était nécessaire de l'expliquer à la population. Quand tu dis la vérité, les gens ne sont pas des imbéciles, ils comprennent. Ce n'est pas ça qu'on veut faire. Mais en même temps, il faut être responsable. C'est sûr que ce n'est pas populaire d'augmenter de 5%...

Q Vous vouliez une augmentation encore plus importante pour combler ce trou de 29M$. Est-ce qu'il faut s'attendre à d'autres hausses de taxes?

R En augmentant les taxes de 5,2%, on a étalé l'augmentation sur deux ans, dans le fond. Déjà, l'année prochaine, on se retrouvera avec un 2,3% environ d'augmentation déjà prévue, juste pour le trou du 29M$. On ne s'en sort pas. Ce ne sont pas des chiffres qui ont disparu. Ce n'est même pas pour la réalisation de mon plan d'action, il n'y a rien là-dedans pour réaliser mes engagements. C'est strictement pour, dans le fond, redresser les finances publiques. C'est juste pour qu'on règle nos dettes du passé et qu'on passe à autre chose.

Q Et allez-vous pouvoir réaliser le programme que vous avez présenté en campagne?

R Ça va prendre plus de temps. Il va falloir faire preuve d'imagination. Et déjà, on a demandé à chaque direction d'effectuer des coupes de 2%. C'est beaucoup d'efforts de tout le monde. Puis, dans deux ans, on recommencera. Mais il y a des engagements qu'on a déjà réalisés, comme la transparence, la notion de participation des citoyens. Ce sont des choses qui ne coûtent pas si cher.

Q Est-ce qu'il y a des engagements que vous craignez de ne pas pouvoir tenir?

R Je vais tout faire, mais ça va peutêtre être plus long que prévu.

J'avais pris l'engagement à la première année de mon mandat de faire un gel des tarifs du transport en commun pour les étudiants. J'ai dit aux jeunes que j'étais déçue de ne pas le faire parce que c'était ma volonté de le faire. Mais bon, le budget était fait, je n'étais pas encore présidente et il y a eu le trou de 29tenir. En toute franchise, je leur ai expliqué. Ce n'est pas dit que ce n'est pas reporté à l'année prochaine, ou en tout cas avant la fin de mon mandat.


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