Pas suffisamment protégées

Patrimoine - Pas suffisamment protégées

Le terrain où se dressait encore la semaine dernière l’église Saint-François offre un spectacle désolant.© Thierry Avril

Mathieu Turbide
Le Journal de Montréal

Les églises abandonnées de Montréal risquent-elles de subir le même sort que la chapelle des Franciscains qui a été rasée par les flammes, le week-end dernier? C'est ce que craignent les défenseurs du patrimoine qui dénoncent le laisser-aller des autorités dans la protection des immeubles historiques.

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«Ce n'est pas une surprise pour nous», répond du tac au tac Dinu Bumbaru, porte-parole de l'organisme Héritage Montréal, au sujet de l'incendie de l'église du boulevard René-Lévesque.

Même les plus belles églises de Montréal ne sont pas protégées, fait-il remarquer. «Notre patrimoine religieux remonte à 1642 ici à Montréal. Et pourtant, plusieurs seraient sur-pris d'apprendre que même la basilique Notre-Dame n'est pas véritablement protégée.»

Résultat : les vieilles églises vides et fermées sont souvent laissées sans surveillance et sans entretien adéquat, ce qui les rend plus vulnérables à la détérioration, aux entrées par effraction et aux incendies.

Jean-Charles Déziel, de la Société historique de Montréal, craint que les églises abandonnées, surtout celles situées à des endroits stratégiques, ne soient victimes de leur situation particulière. Certains promoteurs pourraient avoir avantage à voir des monuments disparaître en fumée.

Comme en France

«Ici, au Québec, on ne s'occupe pas suffisamment de notre patrimoine. En France, ils s'occupent de leurs affaires. Ils ne laissent pas les immeubles religieux à l'abandon. Ils s'assurent que l'entretien est fait et il existe des programmes généreux pour les rénover», souligne-t-il.

Mais Dinu Bumbaru ne croit pas que la France soit le meilleur exemple, elle qui s'est débarrassée de milliers d'églises après la révolution.

«Mais il y a des pays comme les Pays-Bas, par exemple, où on trouve une grande quantité d'églises protestantes et où le parlement en a fait un débat national. En toute transparence, ils ont décidé de faire l'inventaire des lieux de culte et d'établir des politiques de protection.»

Selon lui, il faudrait que la Ville de Montréal porte une attention particulière aux immeubles désaffectés.

«Il faudrait qu'on ait une règle pour les édifices en hibernation, qui ne sont plus utilisés. Cette règle pourrait spécifier plusieurs mesures d'entretien et s'assurer aussi qu'il y ait des inspections régulières des lieux», propose M. Bumbaru

Cause indéterminée

L'enquête du Service de sécurité incendie de Montréal (SSIM) n'a pas permis de déterminer l'origine du sinistre qui a complètement ravagé l'église Saint-François, qu'on appelle aussi la chapelle des Franciscains.

«C'est impossible pour les enquêteurs d'identifier la cause de l'incendie. Parce que tout a été détruit. Il ne reste plus rien», a indiqué Louise Desrosiers, du bureau des relations avec les médias du SSIM. Le dossier a été transmis au Service de police de la Ville de Montréal.

  • Il y a 6000 lieux de culte au Québec et près de 650 à Montréal, la plupart étant des églises catholiques et protestantes.

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