Adieu liberté 55 pour les fonctionnaires

Négociations secrètes - Adieu liberté 55 pour les fonctionnaires

Des négociations en cours entre l’État québécois et les représentants syndicaux de ses fonctionnaires auront pour effet de réduire considérablement certains avantages liés à leur régime de retraite. © PHOTO D'ARCHIVES

Michel Hébert
Le Journal de Québec

Un comité spécial formé de hauts fonctionnaires et de représentants syndicaux étudie divers moyens pour réduire les avantages du régime de retraite des fonctionnaires.

Il sera bientôt impossible de partir à la retraite avant 55 ans et les congés servant à devancer le jour du départ risquent d'être carrément abolis.

Et mauvaise nouvelle pour les petits salariés : le niveau des gains admissibles pour le calcul des rentes de retraite serait amoindri et les prestations aussi.

Selon nos informations, les fonctionnaires et les retraités de l'État n'ont jamais été mis au courant de ces discussions, amorcées à la mi-décembre et menées parallèlement aux négociations sur le renouvellement des conventions collectives des 563 866 employés du secteur public.

Ce comité a été formé au cours d'une réunion tenue le 17 décembre entre le Trésor et les représentants syndicaux qui doivent faire des recommandations à la table centrale des négociations à la mi-février.

Au conseil des ministres, il est décidé depuis des mois d'inciter les travailleurs à rester sur le marché du travail après 60 ou 65 ans et, en même temps, de soustraire aux employés du secteur public la possibilité de continuer à s'offrir la Liberté 55.

Les fonctionnaires du Trésor espèrent donc arracher aux négociateurs syndicaux des concessions qui amoindriront les dispositions du Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics, le gigantesque RRÉGOP, qui compte 505 000 participants actifs. Le RRÉGOP compte en sus plus de 250 000 retraités sur sa liste d'abonnés.

Les pourparlers impliquent aussi la Commission administrative des régimes de retraite et d'assurances, la CARRA. Une lettre adressée par le secrétaire du Conseil du trésor, Clément D'Astous, à la présidente de la CARRA, Jocelyne Dagenais, dont le Journal a obtenu copie précise le mandat du comité patronal-syndical.

Il montre que le gouvernement a non seulement l'oeil sur l'âge de la retraite mais aussi sur les congés qui précèdent généralement les départs à la retraite.

Actuellement, on additionne l'âge et les années de service pour permettre à un fonctionnaire de prendre sa retraite. Il devra désormais avoir au moins 55 ans, peu importe s'il a déjà accumulé 35 ans de service.

La fin des privilèges

Par ailleurs, le gouvernement veut mettre fin à d'autres privilèges comme celui de devancer jusqu'à trois mois le départ réel à la retraite en utilisant des congés dits sans traitement. Cette pratique serait abolie, comme le rachat des crédits de rentes.

Le gouvernement pourrait aussi se pencher sur les «congés de maladie accumulés», soit les douze jours par année de service accumulables par les fonctionnaires. La facture atteint 1,1 milliard et est poussée à la dette sous la rubrique «avantages sociaux futurs». Les prestations de retraite totalisent, elles, environ trois milliards, en hausse constante à cause de nombreux départs à la retraite.

Par exemple, un fonctionnaire devant partir à la retraite en novembre pourra quitter en juillet, sans pénalité. Il peut aussi devancer son départ en utilisant d'un coup tous les congés de maladie qu'il n'a pas utilisés; certains partent ainsi six mois, voire un an plus tôt, avec une pleine rémunération.

Dans un autre ordre d'idées, les pourparlers secrets que mènent le Trésor, la CARRA et les syndicats portent aussi sur une augmentation de la contribution des participants aux régimes de retraite. Les discussions portent sur «un changement à la formule de cotisation». Un changement majeur qui réduit l'exemption du MGA (moyenne de gains admissibles) de 35 % à 25 %. Comme les petits salariés seraient défavorisés, le comité doit trouver comment «ces faibles salariés seraient compensés ».

Le comité de travail formé du Trésor, de la CARRA et des syndicat doivent prendre connaissance d'un rapport sur les impacts financiers de ces mesures aujourd'hui. Au grand bonheur des fonctionnaires et des retraités, qui sauront peut-être de quoi il est question au juste.


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