C'est ce qui ressort clairement d'un sondage Léger Marketing réalisé au début janvier pour le compte du Journal de Montréal et du réseau TVA
Pas moins de 57 % des Québécois se disent prêts à couper dans les services publics pour ne pas voir leur fardeau fiscal augmenter de nouveau, un taux sans précédent en 20 ans de sondages menés par Léger Marketing.
Le message ne peut pas être plus clair alors que s'amorce aujourd'hui le forum économique présidé par le premier ministre Jean Charest, à Lévis
«Les gens nous disent : c'est fini, on en a assez. C'est l'heure des choix», résume Jean-Marc Léger.
Ce taux serait encore plus élevé, analyse Christian Bourque, vice-président de la recherche chez Léger Marketing, si le sondage n'incluait pas obligatoirement une juste proportion de personnes âgées et d'autres personnes qui ne travaillent pas ou ne paient pas d'impôts.
Ces personnes-là, bien évidemment, ne veulent pas couper dans des services qui ne leur coûtent rien de toute façon.
Trop de gaspillage
Les Québécois estiment que le gouvernement est mal administré, qu'il y a trop de gaspillage (84 %) pour qu'il se permette de venir fouiller impunément dans leurs poches pour régler ses problèmes.
Autrement dit, les Québécois pensent que le gouvernement a suffisamment d'argent, mais qu'il est caché un peu partout dans son fouillis et que, pour le retrouver, les politiciens doivent faire du ménage.
Les gens sont inquiets
Les Québécois ne connaissent peut-être pas les chiffres par coeur, comme notre quiz publié hier a pu le démontrer (à peine 12 % des gens sondés ont obtenu la note de passage à ce test de 10 questions sur les finances publiques), mais cela ne veut pas dire qu'ils n'ont pas le portrait d'en-semble.
Selon 54 % des personnes sondées, les finances publiques sont dans un état précaire et de plus, 20 % pensent que nous courons à la catastrophe. C'est donc 74 % des Québécois qui sont inquiets.
Des coupures intelligentes
Les Québécois ne veulent pas pour autant couper partout et n'importe comment.
Ils veulent que le gouvernement se concentre sur ses vraies fonctions de base : l'éducation et la santé, par exemple.
Ils souhaitent plutôt qu'il se retire des secteurs où il s'est lentement immiscé, qu'il laisse tomber des structures qu'ils jugent inutiles.
Dans la même veine, ils veulent qu'on valorise les employés de l'État qui jouent un rôle concret.
En fait, 76 % des Québécois estiment que le gouvernement est trouvé trop gros et qu'il faut réduire significativement la taille de l'État.
De l'ordre aussi dans la corruption et l'évasion fiscale
Il se gaspille beaucoup d'argent au sein même du gouvernement, mais aussi dans la corruption, l'évasion fiscale et le travail au noir, selon les Québécois.
Il y a là selon eux un tuyau percé que le gouvernement regarde couler beaucoup trop passivement.
Question de simple justice sociale, le public aimerait bien que le gouvernement prenne les moyens pour trouver et récupérer cet argent, avant de penser encore une fois venir fouiller dans leurs poches.
71 % des personnes interrogées pensent que cette économie au noir, que ce soit l'ébéniste qui ne fait pas de facture ou la famille millionnaire qui cache de l'argent aux îles Caïmans, a un impact majeur sur l'équilibre des finances de la province.
Le travail au noir semble mieux accepté, probablement parce que plusieurs en profitent. Mais l'évasion fiscale, dans une proportion de 76 %, est considérée comme un véritable fléau.