L’avenir de Shell pourrait se jouer à Houston

Raffinerie de Montréal-Est - L’avenir de Shell pourrait se jouer à Houston

La pétrolière veut fermer sa raffinerie de Montréal-Est. © Photo QMI

Olivier Bourque

«Houston, nous avons un problème». C’est probablement cette phrase que devra dire la présidente de Shell Canada aux hauts dirigeants du Texas alors que la grogne s’amplifie au Québec après la décision de la pétrolière de fermer sa raffinerie de Montréal-Est.

Lors d’une manifestation d’une centaine d’employés qui s’est tenue mardi, le syndicat des travailleurs de Shell a ainsi pu rencontrer quelques minutes Lorraine Mitchelmore, grande patronne du groupe en sol canadien dans un grand hôtel montréalais.

Selon le SCEP, la présidente a écouté leurs doléances et a mentionné que leurs arguments seraient mis à l’attention des dirigeants de la pétrolière dont le siège social est situé à Houston. Mme Mitchelmore a promis de revenir avec de nouvelles informations «d’ici quelques jours» au syndicat qui met beaucoup d’espoir sur cette rencontre.

«La présidente n’a pas pris d’engagements, mais on sait maintenant que le siège social sera au courant de la situation», croit Daniel Cloutier, président du SCEP en entrevue avec Argent.

Opacité du processus

Il reste que l’opacité entourant tout le processus menant à la transformation de la raffinerie en terminal frustre particulièrement le syndicat. «On ne comprend pas ce qui s’est passé. Lorsque Shell avait écarté la fermeture complète en décembre dernier, on nous avait dit qu’il y avait des acheteurs crédibles. Puis en janvier, plus rien. On veut des réponses», affirme M. Cloutier.

Le syndicat souhaite également que Shell vienne s’asseoir avec le gouvernement en vue de trouver des solutions «plus porteuses» pour l’économie québécoise. Une rencontre est prévue avec le SCEP, le président de la FTQ Michel Arseneault et le ministre du Développement économique Clément Gignac dans les prochaines journées.

«On va pousser notre message. Le Québec ne peut se permettre de perdre une raffinerie. Cela augmenterait notre dépendance envers les autres et serait terrible pour l’industrie de la pétrochimie», affirme M. Cloutier.

Selon nos informations, Québec aurait proposé à Shell de venir s’asseoir afin de trouver des options viables, mais la pétrolière n’aurait pas montré d’intérêt. Shell n’a pas voulu détailler ses communications avec Québec lors des dernières semaines.

Intervention de Québec

Mais le SCEP affirme que Québec doit faire quelque chose pour sauver la raffinerie. «Si on est capable de sauver le Grand Prix de F1, je ne vois pas pourquoi on n’aiderait pas une industrie qui a des retombées de 200 millions $ par année», croit M. Cloutier.

Plusieurs acheteurs se seraient pointés le nez dans la salle de données (data room) afin de consulter les états financiers de Shell. Le distributeur américain Flying J et les pétrolières Esso et Irving auraient été sur les rangs. Jointe par Argent, cette dernière n’a toutefois pas voulu confirmer ces informations.

Le syndicat a aussi remis en question la rapidité entourant le processus entourant la divulgation de la salle des données en vue d’une vente. Mais selon Shell tout a été fait dans les règles de l’art alors que la «data room» a fait l’objet d’une extension en décembre.

La tendance lourde n’est toutefois pas favorable pour la continuité de Shell à Montréal-Est. La majorité des pipelines partent maintenant de l’Alberta où les gaz bitumineux sont puisés vers les États-Unis. Plusieurs projets notamment Keystone confirme cette avenue.

Mais M. Cloutier affirme qu’il est encore rentable d’effectuer le raffinage dans l’Est de Montréal. Le syndicat affirme aussi que la raffinerie a été améliorée dans les années 2000 rejetant au passage les allégations voulant que les installations soient vétustes.

Shell a annoncé que sa raffinerie sera transformée en terminal. Avec cette décision, des 550 employés, il en restera environ qu’une trentaine après le processus.


Vidéos

Photos