220 enfants dans une école illégale

EXCLUSIF - 220 enfants dans une école illégale

Le représentant du Journal s’est fait expliquer par cet employé de l’administration que le directeur de l’établissement n’était pas sur place pour répondre à ses questions. © Sébastien Ménard

Sébastien Ménard
Le Journal de Montréal

Dernière mise à jour: 07-01-2010 | 11h13

BOISBRIAND | Au moins 220 élèves d'une communauté juive hassidique de la Rive-Nord fréquentent présentement une école illégale dont la ministre de l'Éducation ignorait complètement l'existence il y a quelques mois à peine. À l'heure actuelle, elle ne sait toujours pas ce que les enfants y apprennent.

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L'édifice qui abrite l'école de la communauté Tosh, à Boisbriand, n'est pourtant pas apparu récemment. Selon le registre de la municipalité, l'immeuble a été construit en 1991.

Le bâtiment de la rue Beth-Halevy est aussi occupé par un CPE subventionné par le ministère de la Famille. Une partie de l'édifice bénéficie d'ailleurs d'une exemption d'impôt foncier depuis au moins cinq ans, a constaté le Journal.

Malgré tout, la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, n'a appris qu'au cours de l'été dernier que 220 enfants de la communauté juive de Boisbriand y étaient scolarisés, a reconnu hier son attachée de presse, Tamara Davis. «Le Ministère a reçu un signalement», a-t-elle expliqué, sans fournir plus de précisions.

Mise en demeure

Deux inspecteurs dépêchés sur les lieux le 11 septembre dernier ont confirmé que l'école est illégale : les responsables de l'endroit ne possèdent pas de permis pour dispenser des services éducatifs, ont-ils écrit dans leur rapport.

Cette situation est pire que celle qui prévalait dans d'autres écoles juives illégales, l'an dernier, où les élèves recevaient essentiellement un enseignement religieux basé sur la Torah, au détriment des matières obligatoires au Québec comme le français, l'anglais et les sciences.

«Il y a une différence entre la situation à Boisbriand et celle des autres écoles, indique Tamara Davis. Les autres avaient un permis, mais ne respectaient pas les conditions [alors que cette école n'a aucun permis]», précise-t-elle.

Deux mois après l'inspection, le 13 novembre, le responsable de l'établissement, Moshe Mayerovitz, a reçu une mise en demeure l'enjoignant à faire une demande de permis «dans les plus brefs délais.» En date d'hier, cependant, le Ministère n'avait toujours pas reçu cette demande et les enfants continuaient de recevoir un enseignement dont personne ne connaît le contenu.

L'attachée de presse de la ministre a expliqué que la nature des cours offerts à l'école de la communauté Tosh ne sera connue qu'une fois la demande de permis envoyée au Ministère. Pour l'instant, elle a avoué «ne pas avoir ces informations.»

Un dossier «important»

Même si la situation semble progresser lentement, Tamara Davis assure qu'il s'agit pour la ministre d'un dossier «important» qui «ne restera pas lettre morte.»

«Dès qu'elle a été informée de la situation, elle a agi immédiatement, insiste l'attachée de presse. Le Ministère contactera très prochainement les responsables pour faire un suivi avec eux», dit-elle.

Avec la collaboration de Serge Laplante, notre recherchiste à l'Assemblée nationale.

QUI SONT LES TOSH ?

  • Il s'agit d'une communauté juive hassidique basée à Boisbriand, sur la Rive-Nord, depuis le début des années 1960.
  • La communauté compterait quelque 3 000 membres.
  • Située dans le secteur ouest de Boisbriand, la communauté Tosh compte ses propres écoles, sa propre épicerie et même son propre service d'ambulance.
  • En 2006, dans la foulée du débat sur les accommodements raisonnables, la communauté avait été pointée du doigt parce qu'elle exigeait du CLSC local des soins à domicile le jour du sabbat et la vaccination des hommes par des infirmiers, en plus d'obliger les infirmières à porter des manches longues en été.

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