Le nombre de femmes sans-abri explose

Montréal - Le nombre de femmes sans-abri explose

Suzanne est une des femmes sans-abris qui bénéficient des services de la Mission Old Brewery. © Photo QMI

Sarah-Maude Lefebvre

MONTRÉAL - Depuis un an, le nombre de femmes sans-abri explose à un point tel que l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal a dû mettre sur pied en catastrophe un dortoir d’urgence, à la mi-décembre, pour des dizaines de femmes qui se voit refuser l’accès à des refuges, faute de place.

«Notre pavillon Patricia Mackenzie, destiné aux femmes de la rue, est si débordé depuis l’été dernier qu’on doit installer des lits de camp dans la cafétéria. L’Agence de la Santé nous a donc finalement donné du financement pour qu’on ouvre un deuxième refuge temporaire, pour l’hiver. Mais, que va-t-on faire une fois l’hiver terminé?», s’inquiète Matthew Pearce, directeur de la Mission Old Brewery.

Ce dernier, tout comme les représentants des autres refuges pour sans-abri montréalais, a confirmé au quotidien 24 Heures que la métropole connaît une hausse sans précédent du nombre de femmes sans-abri à Montréal, résultat, selon lui, d’un cocktail de la crise économique et d’une hausse de la violence familiale. Les quelque 100 lits disponibles pour la clientèle féminine seraient constamment occupés.

Que du «pain et de l’eau»

À la Rue des Femmes, un organisme communautaire qui se consacre aux femmes itinérantes, on a dû refuser au cours de la dernière année 3700 demandes provenant d’un peu plus d’un millier de femmes sans-abri, faute de place.

«On voit venir le phénomène depuis 2002, mais cela a explosé depuis deux ans. On connaît une hausse de la demande de 150%. Encore récemment, une femme nous a appelé d’un motel pour venir dormir au refuge. Elle n’avait que du pain et de l’eau pour se nourrir. Malheureusement, on ne pouvait pas la recevoir», déplore Suzanne Bourret, une intervenante de l’organisme.

Où vont-elles aller?

Celle-ci ne cesse par ailleurs de réclamer un plan d’action à l’Agence de la santé et des services sociaux pour aider ces femmes qui n’arrivent pas à faire face à la hausse du coût de la vie et qui, très souvent, se retrouvent aux prises avec des problèmes de toxicomanie ou de violence.

De plus, comme l’explique Dominique Blouin du Chaînon, si le nombre de cas augmente, il n’en est pas de même pour les ressources. Ainsi, ce serait souvent les mêmes sans-abri que l’on verrait dans les refuges, les nouvelles itinérantes étant davantage laissées à elles-mêmes.

«On est obligé de refuser les cas lourds et ce sont ces mêmes cas que l’on retrouve après dans la rue ou à l’hôpital, attachés sur une civière», dénonce-t-elle.

Les différents organismes entendent donc mener une « lutte » afin de convaincre l’Agence de mettre sur pied des mesures spécifiques pour ces femmes dont on ne connaît pas le nombre exact et qui sont souvent dans l’ombre des sans-abri masculins.

Selon la Mission Old Brewery, environ 80% des femmes itinérantes vivraient avec un problème de détresse psychologique.


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