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Démissions et parachutes dorés

Les déserteurs politiques coûtent des millions

J. Jacques Samson
16/12/2009 07h05 

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Camil Bouchard est le onzième député à démissionner en cours de mandat depuis 2007, en raison d'un caprice personnel. Une pandémie bien véritable, celle-là, très coûteuse en plus. Depuis l'élection de 2003, plus de 2.5 millions ont ainsi été payés à des députés déserteurs.

Depuis l'élection générale du 8 décembre 2008, il y a tout juste un an, Camil Bouchard est le quatrième, après Mario Dumont, Monique Jérôme-Forget et François Legault. Bon an, mal an, depuis 2004, trois ou quatre députés abandonnent chaque année leurs fonctions et forcent ainsi souvent la tenue d'élections partielles pour leur choisir un remplaçant.

Le fléau a cependant atteint un sommet entre l'élection du 27 mars 2007 et celle du 8 décembre 2008. Sept députés ont alors décidé d'abandonner le siège qu'ils avaient demandé aux électeurs de leur confier quelques mois plus tôt seulement : les libéraux Michel Bissonnet, Philippe Couillard, Russell Copeman et Roch Cholette, ainsi que les péquistes André Boisclair, Diane Lemieux et Rosaire Bertrand.

Les démissionnaires partent toujours avec, en plus de la pension à vie qu'ils accumulent, une généreuse indemnité de départ, que celui-ci soit volontaire ou non. Celle de Camil Bouchard est de 100 464 $.

Au total, ces «allocations de transition » de la vague 2007-2008 ont atteint 745 000 $, selon la Ligue des contribuables, qui suit ce dossier de près, auxquels s'ajoutent les 500 000 $ liés aux quatre départs de 2008. Il faut toujours garder à l'esprit que, pour chaque élection partielle nécessaire pour combler un siège devenu vacant, il en coûte un autre 600 000 $ aux contribuables.

PARACHUTES DORÉS

Un garrot est devenu nécessaire pour arrêter l'hémorragie. Vingt-deux députés ont en effet quitté en cours de mandat depuis l'accession des libéraux au pouvoir en 2003, soit 10 libéraux, 11 péquistes et un adéquiste. C'est 18 % du nombre de sièges à l'Asssemblée nationale. La meilleure façon de l'enrayer est d'abolir le privilège de l'allocation de transition lorsqu'un députe démissionne en cours de mandat, sans motif très grave... ni vérifié.

Le travailleur qui quitte son emploi volontairement est pénalisé par l'assurance-emploi. Pourquoi en est-il autrement pour un élu à l'Assemblée nationale? Lorsque l'on scrute la liste des démissionnaires depuis cinq ans, il est possible de cerner facilement les véritables motifs qui sous-tendent leur décision.

La quasi-totalité des démissions de péquistes découlent de conflits internes au Parti québécois. C'est le cas notamment pour les Boisclair, Landry, Marois, Léger et Lemieux. La palme revient à Pauline Marois et Nicole Léger, qui ont eu droit respectivement à 150 000 $ et 126 000 $ de fonds publics en 2006 lorsqu'elles ont démissionné à la suite de la victoire d'André Boisclair sur Mme Marois dans la course à la direction du PQ. Les deux sont revenues à l'Assemblée après la défaite électorale de M. Boisclair, en 2007, et elles auront droit à une autre indemnité de départ lorsqu'elles repartiront. André Boisclair, pour sa part, a touché quelque 100 000 $ d'allocation de transition à la suite de sa démission en 2004 et une autre tranche de 35 000 $ après celle de novembre 2007.

LES EGO BLESSÉS

La frustration de ne pas avoir obtenu un poste de ministre ou d'avoir été empêché de mener à terme un dossier a poussé des libéraux vers la sortie. Yves Séguin et Marc Bellemare se sont sentis trahis par Jean Charest. Les Russell Williams, Christos Sirros, Russell Copeman, Roch Cholette ne voulaient plus, pour leur part, poireauter sur les banquettes arrière. Ils trouvaient leur sort injuste après avoir bien servi pendant de longues années dans l'opposition. Philippe Couillard, quant à lui, est retourné faire plus d'argent dans le secteur privé, faute de pouvoir rapidement devenir premier ministre.

INCITATION À LA DÉSERTION

Tous se foutaient éperdument des électeurs devant qui ils s'étaient engagés à les représenter avec toute leur énergie quelques mois plus tôt. Ils ont démissionné par égoïsme, pour leurs intérêts personnels. Il doit y avoir une pénalité pour cette trahison de leurs commettants.

Une allocation de transition inconditionnelle est une incitation à la désertion, tout comme la prime indécente de 378 750 $ versée à l'ex-pdg de la Caisse de dépôt et placement, Henri-Paul Rousseau, à l'occasion de son départ volontaire, devenait un encouragement à se trouver en tout confort du travail ailleurs. Ce qui était indécent dans ce cas l'est tout autant pour des élus déserteurs.






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