Des documents obtenus par le Journal, grâce à la Loi sur l'accès à l'information, soulèvent de nombreuses questions relativement à certaines dépenses effectuées par la directrice du collège, Marielle Poirier, au cours de ce périple.
Après trois jours de tergiversations, la responsable de l'accès à l'information du Cégep, Lyne Lepage - qui est aussi la directrice des communications - a indiqué, hier, ne pas être en mesure de répondre à nos interrogations.
Pourtant, toutes les institutions à qui le Journal a posé des questions au sujet de voyages à l'étranger, depuis lundi, ont tenté d'y répondre.
Achat dans une galerie d'art
Du 27 mars au 9 avril, Marielle Poirier s'est rendue dans la région de Phoenix en Arizona, ainsi qu'à Puebla au Mexique.
Ce voyage, dont les raisons précises sont inconnues, aurait coûté près de 5 100 $, d'après un tableau dressant le sommaire des dépenses.
Plusieurs achats effectués avec une carte de crédit Visa, et qui ont été remboursés par le Collège, sont cependant plutôt inhabituels, a constaté le Journal.
Le 29 mars, la directrice générale a ainsi utilisé la carte de crédit pour défrayer le coût «d'activités» au «Canyon», auprès de l'entreprise Detours of Arizona. Les frais de 145 $ US qui ont alors été facturés auraient pu couvrir une journée complète de visites, de 7 heures à 20h30, au Grand Canyon, à Sedona et dans la nation Navajo, selon le site Internet de la compagnie.
Mme Poirier, dont le salaire annuel peut atteindre 126 000 $, a aussi utilisé la carte de crédit pour effectuer un achat de 159,16$ US à la White Hawk Gallery, une galerie d'art située à Scottsdale, la ville où elle séjournait.
Impossible de savoir ce qu'elle y a acheté, mais une employée a indiqué au Journal que l'endroit est «bien connu des touristes», qui peuvent y trouver «de la poterie, des bijoux et des oeuvres d'art.»
Une fois au Mexique, Marielle Poirier s'est servie de la carte de crédit, la veille de son retour, pour acheter un «sac de voyage» au magasin Wal-Mart de Puebla.
Une fois de plus, il est impossible de savoir à quoi a servi cet achat, que les contribuables ont payé 49,43 $.
À l'aéroport
De nombreuses autres dépenses, dont des repas et les frais d'hébergement de 2 395,08 $ au Chapparal Suites de Scottsdale, un complexe hôtelier, ont aussi été portées sur cette carte de crédit.
Le Journal aurait toutefois aimé savoir à quoi ont servi les 22,95$ US dépensés à la librairie du collège communautaire de l'endroit, ainsi que les 32,49$ US, dépensés aux boutiques Paradies de l'aéroport de Phoenix.
Même chose avec les sommes de 24,89$ US et de 16,95$ US, qui ont été payées dans un kiosque de journaux et au bar Fox News de l'aéroport de Houston, le jour du départ de la directrice générale.
En milieu de soirée, hier, le Cégep de l'Outaouais n'avait toujours pas répondu à nos questions.
Avec la collaboration de Serge Laplante
Un cégep cachottier
Le Journal a tenté, sans succès, d'obtenir des précisions au sujet des dépenses effectuées lors de ce voyage. Voici le fil des événements :
9 OCTOBRE
Notre recherchiste, Serge Laplante, achemine une demande d'accès à l'information au Cégep de l'Outaouais.
30 OCTOBRE
Le Collège y donne suite en fournissant 14 pièces justificatives relatives à des «voyages» ou «missions à l'étranger» effectués par des membres de la direction.
30 NOVEMBRE
Une fois les réponses de tous les collèges reçues, le Journal tente d'obtenir des explications auprès du Cégep de l'Outaouais au sujet de certaines dépenses. Plusieurs messages détaillés sont laissés sur la boîte vocale du responsable des relations avec les médias, Pascal Laplante. Celui-ci a agi comme porte-parole de l'institution à au moins 177 reprises, depuis 2004. Personnenerappellele Journal, ce jour-là.
1er DÉCEMBRE
La responsable de l'accès à l'information du cégep, Lyne Lepage, rappelle le Journal. Cette gestionnaire, qui est aussi directrice des communications, indique qu'elle aurait préféré recevoir notre demande de précision par écrit. Elle aurait également souhaité que nos questions lui soient adressées par l'auteur de la demande initiale, notre recherchiste Serge Laplante.
Après quelques minutes de discussions, le Journal lui répète ses questions. Mme Lepage indique ne pas avoir le temps d'y répondre le jour même, mais dit qu'elle le fera le lendemain.
2 DÉCEMBRE
Lyne Lepage laisse un message au Journal en indiquant qu'elle a fait un suivi, par écrit, auprès de notre recherchiste, Serge Laplante.
Dans le courriel qu'elle lui envoie, Mme Lepage lui demande... de répéter par écrit les questions qui lui ont été adressées verbalement la veille.
Notre recherchiste acquiesce tout de même à cette demandeà11h29.Le Journal laisse un message à Mme Lepage lui rappelant qu'un reportage concernant le cégep paraîtra dans notre édition du lendemain.
À 13 h 17, puis à 16 h 47, Lyne Lepage répond à des courriels du Journal en affirmant que la directrice générale du Collège, qui pourrait répondre à nos questions, est en réunion à l'extérieur et qu'elle n'a pu lui soumettre nos questions.
Des questions sans réponses
Voici deux questions que le Journal a posées au Cégep de l'Outaouais à au moins trois reprises, depuis lundi, sans obtenir de réponse :
1-Que couvre chacune de ces dépenses, effectuées au cours d'un voyage à Phoenix au printemps dernier, et pourquoi le cégep les a-t-elle remboursées ?
145$ US pour des activités au Grand Canyon le 29 mars 2009
49,43 $ pour un sac de voyage le 8 avril
22,95$ US chez SCC Bookstore le 1er avril
159,16$ US chez White Hawk Gallery le 4 avril
32,49$ US chez Paradies Shops le 6 avril
2-Quelle était la raison de ce voyage et quelles en ont été les retombées ?