Le Journal a obtenu la liste des «cibles» de diplomation que chaque commission scolaire devra «atteindre et maintenir», à compter de 2020. Ces objectifs font partie de la «stratégie» présentée en grande pompe cet automne par la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, afin de faire passer le taux d'obtention du diplôme secondaire à 80% d'ici une décennie.
Mais dans les commissions scolaires où le problème du décrochage est plus aigu, la cible à atteindre sera bien inférieure à cet objectif national, a constaté le Journal.
À la Commission scolaire de la Pointe-de- l'Île, dans l'est de la métropole, seulement 67% des élèves qui entameront leur secondaire en 2013-2014 devront avoir obtenu un diplôme ou n'importe quelle autre qualification, sept ans plus tard, pour que l'objectif soit atteint. Le Ministère juge donc qu'un taux de décrochage de 33% sera acceptable, à cet endroit, pour que la «cible» soit atteinte.
La même logique s'applique à la CS des Samares, dans Lanaudière, ainsi qu'à la CS de Montréal, où les objectifs fixés par le Ministère s'élèvent à seulement 69 % et 70 % de diplomation.
Les écoles privées en exemple
Selon ce qu'a appris le Journal, le ministère de l'Éducation n'a pas consulté les commissions scolaires avant de déterminer les cibles qu'elles devront atteindre.
Des fonctionnaires auraient plutôt appliqué une règle mathématique basée sur le taux d'obtention du diplôme que chacune d'elles connaît depuis trois ans.
Pour une raison obscure, l'effort demandé aux commissions scolaires ne dépasse jamais 13 points de pourcentage, ce qui explique les maigres objectifs fixés pour certains organismes.
Autre élément surprenant : le Ministère a établi à 88 % la cible maximale pouvant être imposée à une commission scolaire puisqu'il s'agit, précise-t-on, du taux de diplomation actuel dans les écoles privées.
Et les garçons dans tout ça ?
Le professeur Égide Royer, de l'Université Laval, est formel : les cibles établies par le Ministère dans les commissions scolaires où le décrochage est élevé ne sont pas assez ambitieuses.
Selon lui, le véritable problème est le décrochage des garçons, une réalité dont ces cibles ne tiennent pas compte, déplore-t-il.
Alors qu'un objectif de 67 % a été fixé à la CS de la Pointe-de-l'Île, M. Royer estime qu'il devrait être «d'au moins 75 %», uniquement pour les garçons.
«Si la réussite des gars augmente, celle des filles va suivre», plaide l'expert.
La présidente de la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement, Chantal Longpré, juge elle aussi que les cibles fixées par Québec ne sont pas ambitieuses. «Mais est-ce qu'on peut vraiment se fixer d'autres cibles, lorsqu'on n'a pas les moyens de nos ambitions», lance-t-elle. Chantal Longpré continue de dénoncer le plan d'action présenté par la ministre, une stratégie qui enlève encore du pouvoir aux écoles, dénonce- t-elle.