Les Algonquins du Québec menacent de recourir à des «mesures radicales» pour faire cesser la construction de la gigantesque mine d'or de Malartic, en Abitibi, si la compagnie minière n'accepte pas de les dédommager pour ce projet qui est construit, selon eux, sur des «terres ancestrales».
«Il y a toutes sortes de choses qui s'offrent à nous. On n'aura peut-être pas d'autre choix que de prendre des mesures radicales pour nous faire entendre et nous faire respecter», prévient le Grand chef du Conseil de la nation algonquine, Lucien Wabanonik.
Pauvreté
Les 4000 Algonquins qui vivent dans les sept communautés de l'Abitibi et du nord-est de l'Ontario ont les yeux rivés sur le projet de la compagnie minière Osisko, à Malartic, dont le Journal a abondamment fait état il y a quelques semaines.
À l'heure où le prix de l'or atteint des sommets, l'immense mine à ciel ouvert pourrait générer des revenus de 5 milliards $ au cours de ses 10 années d'exploitation.
«On souhaite avoir une entente économique avec la minière, dit M. Wabanonik. J'ai eu deux rencontres avec [le président de la compagnie], raconte-t-il. Au départ, il semblait faire preuve d'ouverture d'esprit, mais à mesure que les choses se sont précisées, il a reculé.»
Lucien Wabanonik soutient que le projet de la compagnie Osisko, qui a nécessité le déménagement de tout un quartier de Malartic, est construit sur des «terres ancestrales non cédées».
Ce territoire, qui couvre la majeure partie de l'Abitibi, a été concédé aux Algonquins lors de la proclamation royale de 1763, fait valoir M. Wabanonik.
«Tant et aussi longtemps que nous n'avons pas cédé nos titres, ce territoire appartient toujours à la nation algonquine», insiste-t-il.
Le Grand chef avoue que les Algonquins n'ont jamais négocié ni obtenu de redevances par le passé, alors que plusieurs autres projets miniers ont été effectués sur ce territoire. «On n'a jamais été dédommagé, dit-il. Tout ce développement s'est fait de façon illégale, à nos yeux.»
«Mais étant donné la situation économique et la pauvreté de nos communautés, nos chefs sont beaucoup plus conscients de ce dont d'autres nations ont pu bénéficier», dit-il.
Lucien Wabanonik déplore que la nation algonquine n'ait pas été consultée par le gouvernement du Québec avant qu'Osisko n'obtienne l'autorisation d'aller de l'avant avec son projet. «La réaction de Québec tarde à venir dans ce dossier», dit-il.
D'abord une injonction
La nation algonquine tentera d'abord d'obtenir une injonction devant les tribunaux pour faire arrêter la construction de la mine. Une firme d'avocats est d'ailleurs «sur le point» d'être nommée pour représenter les Autochtones, indique Lucien Wabanonik. Mais si la Cour n'acquiesce pas à cette demande, des «gestes d'éclat» ne sont «pas exclus», dit-il.
«Ce sera le dernier recours, si ça arrive», assure M. Wabanonik.