Elle gagne trois fois plus que Jean Charest

Universités - Elle gagne trois fois plus que Jean Charest

La rectrice de McGill, Heather Munroe-Blum.© Archives

Sébastien Ménard
Le Journal de Montréal

Alors qu'elle demande à ses collègues de se serrer la ceinture, la rectrice de l'Université McGill, Heather Munroe-Blum, a vu son salaire et ses «avantages» bondir de 14%, l'an dernier, pour atteindre la rondelette somme de 587 000 $. C'est trois fois le salaire du premier ministre du Québec, Jean Charest.

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Son compte de dépenses est tout aussi étourdissant, a appris le Journal, grâce à la Loi sur l'accès à l'information.

Entre janvier 2008 et septembre 2009, la rectrice de McGill s'est fait rembourser 160 000 $ en frais de toutes sortes, dont 132 000 $ uniquement pour se déplacer.

Des «avantages» très payants

Ces révélations surviennent quelques mois seulement après que Heather Munroe-Blum eut invité les cadres de l'institution anglophone à accepter une baisse de salaire de 3% afin d'affronter la crise économique mondiale. «McGill fait face à d'importants défis économiques», avait-elle prévenu, en février dernier.

Les documents obtenus par le Journal confirment que le salaire de base de la rectrice a effectivement subi une réduction de 3%, en 2008-2009, pour atteindre 358 000 $. Cela demeure néanmoins la rémunération la plus généreuse à être versée parmi les patrons d'université de la province, dont le réseau est très largement subventionné par les contribuables.

Mais les «avantages particuliers» consentis à Mme Munroe-Blum, qui incluent des primes reliées à sa résidence et à sa voiture, ont littéralement explosé. Ils sont passés de 144 000 $, en 2008, à pas moins de 229 000 $, un an plus tard.

C'est le chef exécutif aux affaires publiques de McGill, Vaughan Dowie, qui a finalement répondu aux questions du Journal, hier, après plusieurs jours d'attente.

Selon M. Dowie, la hausse importante des avantages payés à Heather Munroe-Blum s'explique entre autres par une erreur de calcul survenue au cours des années précédentes. «Le contrat de travail de Mme Munroe-Blum prévoit le versement de certains avantages.[...] Une révision des calculs a démontré qu'elle n'avait pas été payée correctement pendant quelques années. En conséquence, un versement rétroactif mais non récurrent a été fait au cours de l'année 2008-2009», indique M. Dowie.

Manque de transparence

Quant aux importants frais de déplacement remboursés à la rectrice de McGill depuis le début de l'année 2008, ils sont attribuables au «rayonnement» international de l'institution, plaide Vaughan Dowie.

«Depuis le début de l'année 2008, la rectrice s'est rendue notamment en Asie, au Moyen-Orient, en Europe, ainsi qu'à travers les États-Unis et le Canada», explique le porte-parole de McGill.

À partir des documents fournis par l'institution, il est cependant impossible de connaître la raison exacte des voyages qui ont été effectués, ni les destinations précises qui ont été visitées. L'Université a choisi de ne pas dévoiler cette information.

«McGill a rendu publique l'information qu'elle est tenue de rendre publique en vertu de la loi», estime Vaughan Dowie.

Concordia:
19 cadres ont des voitures payées

À l'Université Concordia, les «avantages» particuliers des cadres supérieurs incluent des paiements de voiture, a reconnu le porte-parole de l'institution, Bram Freedman.

À l'heure actuelle, 19 hauts dirigeants bénéficient d'un tel traitement.

La rectrice, Judith Woodsworth, a droit à 1 200 $ par mois, les vice-recteurs, 900 $, alors que les doyens et les autres administrateurs peuvent recevoir une allocation mensuelle de 500 $.

Ces paiements de voiture sont versés directement aux employés qui en bénéficient ou à l'entreprise qui loue l'automobile, explique M. Freedman.

Un ex-patron prêt à revoir les primes de départ

Un des cadres supérieurs qui a bénéficié d'une généreuse indemnité de départ en quittant son poste l'an dernier, reconnaît que ce programme pourrait être revu.

L'ancien directeur général de l'INRS, Pierre Lapointe, qui a reçu une prime de 167 000 $ trois jours avant d'obtenir un poste prestigieux dans le secteur privé, croit qu'il faudrait cependant réviser les salaires des hauts dirigeants pour qu'ils soient «plus compétitifs.»

«Ces emplois-là ne sont pas de tout repos. Et, d'une certaine façon, ça prend un élément de bonification», a-t-il plaidé.

Le palmarès des salaires

Combien gagnent les grands patrons de nos universités?

Université McGill
Heather Munroe-Blum, rectrice

  • Salaire de base:
    358 173$
  • Nombre d’étudiants:
    34 000

    Université Concordia
    Judith Woodsworth, rectrice

  • Salaire de base:
    350 000$
  • Nombre d’étudiants:
    44 000

    Université de Montréal
    Luc Vinet, recteur

  • Salaire de base:
    339 000$ **
  • Nombre d’étudiants:
    54 000

    Université de Sherbrooke
    Bruno-Marie Béchard, recteur sortant

  • Salaire de base:
    278 327$
  • Nombre d’étudiants:
    30 000

    Université Laval
    Denis Brière, recteur

  • Salaire de base:
    270 000$
  • Nombre d’étudiants:
    44 000

    HEC Montréal
    Michel Patry, directeur

  • Salaire de base:
    240 288$*
  • Nombre d’étudiants:
    12 000

    École polytechnique de Montréal
    Christophe Guy, directeur général

  • Salaire de base:
    195 000$*
  • Nombre d’étudiants:
    6000

    Université du Québec, siège social
    Pierre Moreau, président sortant

  • Salaire de base:
    186 180$

    Université du Québec à Montréal
    Claude Corbo, recteur

  • Salaire de base:
    176 871$*
  • Nombre d’étudiants:
    49 000

    Université du Québec à Trois-Rivières
    Ghislain Bourque, recteur

  • Salaire de base:
    170 913$
  • Nombre d’étudiants:
    11 000

    Université du Québec à Chicoutimi
    Michel Belley, recteur

  • Salaire de base:
    170 913$
  • Nombre d’étudiants:
    6 500

    Institut national de la recherche scientifique (INRS)
    Pierre Lapointe, d.g. sortant

  • Salaire de base:
    167 562$
  • Nombre d’étudiants:
    600

    Université du Québec à Rimouski
    Michel Ringuet, recteur

  • Salaire de base:
    161 418$
  • Nombre d’étudiants:
    5 600

    Université du Québec en Outaouais
    Jean Vaillancourt, recteur

  • Salaire de base:
    161 416$
  • Nombre d’étudiants:
    5 500

    Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue
    Johanne Jean, rectrice

  • Salaire de base:
    151 923$
  • Nombre d’étudiants:
    2 800

    École nationale d’administration publique
    Marcel Proulx, directeur général

  • Salaire de base:
    151 923$
  • Nombre d’étudiants:
    1 900

    *: Données pour l'année 2007-2008
    **: Donnée tirée d'un reportage du journal Le Devoir.
    Avec la collaboration de Chantal Murray


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