En plus de les empêcher de faire leur travail adéquatement, la bureaucratie dénoncée par les directeurs d'école du Québec depuis une semaine est une «importante source de stress» qui pourrait nuire à leur santé, prévient un chercheur de l'Université de Montréal.
Une recherche effectuée au printemps dernier par Emmanuel Poirel dans le cadre de son doctorat en psychopédagogie conclut que les «contraintes administratives» imposées aux directions d'école du Québec constituent leur «principale catégorie de stress.»
«Il semble que le poids des responsabilités soit moins dérangeant que les tracas de type administratif auxquels les directions doivent faire face dans leur quotidien», analyse le chercheur, dans son rapport.
«Ce qui les dérange, c'est d'être constamment empêchés de faire leur travail par des réunions, qui sont principalement commandées par la commission scolaire, ou par des rapports à produire», explique M. Poirel, en entrevue au Journal.
«Ces empêchements-là sont attribuables à la bureaucratie", dit-il.
Trois mois et demi de bureaucratie
Le consultant en gestion du stress soutient ne pas avoir été surpris en prenant connaissance, la semaine dernière, d'une enquête interne de la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement (FQDE) qui avait pour but de mesurer le niveau de bureaucratie dans les écoles de la province.
Cette étude, dont les données ont suscité beaucoup de critiques, concluait que les directeurs d'école passent l'équivalent de trois mois et demi par année à remplir de la paperasse et à assister à des réunions.
Selon M. Poirel, la «quantité de travail» exigée des directeurs d'école les pousse à «s'isoler de plus en plus», ce qui les amènerait à faire de «l'inhibition émotionnelle».
Le chercheur avance que ce phénomène n'est pas étranger au «roulement de personnel» auquel on assiste parmi les directions d'école, une façon pour ces gestionnaires «de supporter le malaise», selon lui.
Emmanuel Poirel prévient que les contraintes administratives qui stressent ainsi les directeurs d'école du Québec représentent «un risque pour leur santé».
«Je n'ai pas pu en faire la démonstration dans ma recherche, mais tout porte à croire que ça accentue les risques», dit-il.
Soulagement et mutisme
La présidente de la FQDE, Chantal Longpré, essuie de nombreuses critiques de la part des commissions scolaires et de leurs patrons, depuis qu'elle dénonce la bureaucratie qui «étouffe», selon elle, les directions d'école.
Hier, elle a accueilli avec soulagement les conclusions de l'enquête d'Emmanuel Poirel. «Ces conclusions viennent rejoindre exactement ce que nous ont dit les directions», dit Chantal Longpré.
Le Journal a fourni le rapport de recherche à la Fédération des commissions scolaires du Québec. Après l'avoir reçu, l'organisme a décidé de ne pas commenter.