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Élections municipales | Montréal

Et le «moins pire» des candidats est...

Mathieu Turbide
Le Journal de Montréal
31/10/2009 06h56 - Mise à jour 31/10/2009 10h01

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Élections municipales | Montréal - Et le «moins pire» des candidats est...
Richard Bergeron, Louise Harel et Gérald Tremblay. 
© Agence QMI

RICHARD BERGERON
L'extra-terrestre

Candidat marginal, Richard Bergeron a réussi à monter à l'avant-scène dans la foulée des scandales et des allégations de corruption qui ont frappé les partis de ses deux principaux adversaires.

Certains croient même qu'il est plausible que cet urbaniste devienne maire de Montréal demain soir.

Mais à quoi Richard Bergeron doit-il réellement sa montée vertigineuse dans les sondages (de 5% à 32%)? À son programme? À sa personnalité? À sa capacité de rallier les Montréalais?

EN VIDÉO:

Une dernière chance de se faire valoir

Pas du tout. Richard Bergeron doit sa soudaine force à la faiblesse des deux principaux candidats. Car, en réalité, les Montréalais ne connaissent pas Richard Bergeron.

Ils ne savent rien de son programme, un programme essentiellement axé sur le développement d'un vaste réseau de tramway qui promet de «virer la ville à l'envers». Un programme qui coûtera littéralement des milliards de dollars. Des milliards qui viendront d'où? On ne sait pas trop. De péages sur les routes (où? quand?) et de compressions budgétaires.

Les adversaires de Richard Bergeron ont souligné, ces derniers jours, des citations troublantes du candidat de Projet Montréal.

On sait qu'il croit à la théorie du complot pour expliquer l'écrasement des avions dans les tours du World Trade Center et au Pentagone, le 11 septembre 2001.

On sait qu'il a même déjà émis l'hypothèse que l'homme ne serait jamais allé sur la Lune.

On connaît aussi sa haine maladive de l'automobile. Il en a fait plusieurs livres. En marge de ses travaux sur l'automobile, il a déclaré en 1999 que les voitures étaient faites pour les hommes et que les femmes mourraient en hiver en plus grand nombre parce qu'elles ne savent pas déraper.

Lui, par contre, semble déraper plus souvent qu'à son tour.

Autre constatation évidente, à la lumière des nombreux débats entre les candidats à la mairie: Richard Bergeron ne tolère pas qu'on remette ses idées en question. Il semble fermement convaincu d'avoir toujours raison. De façon obstinée.

Avoir confiance en soi est une qualité en politique, mais un excès de confiance peut parfois être aveuglant et miner la capacité de convaincre les autres.

Surtout quand on a des projets aussi controversés et coûteux que ceux de Projet Montréal.

POINTS FORTS: Le seul candidat qui n'a été éclaboussé par aucun scandale. Il a même réussi à obtenir l'appui du juge John Gomery, dont la fille est candidate de Projet.
POINTS FAIBLES: Un programme coûteux, irréaliste. Des déclarations surprenantes qui le suivent partout. Une attitude peu rassembleuse.

LOUISE HAREL
L'opportuniste

Balai à la main, Louise Harel a lancé sa campagne en promettant un ménage. On n'imaginait pas, alors, à quel point le ménage était nécessaire. Ce n'est plus un balai qu'il faudrait maintenant, mais un aspirateur Shop-vac.

Comment expliquer alors que Louise Harel n'a jamais réellement réussi à grimper dans les sondages, malgré l'accumulation de scandales autour du maire sortant? Les plus récents sondages donnent 34% à Mme Harel.

Lorsqu'elle a manifesté son intérêt pour la politique municipale, plusieurs hypothèses circulaient. Certains espéraient qu'à l'image d'Andrée Boucher, à Québec, elle se présente sans parti. D'autres croyaient qu'elle lancerait un nouveau parti.

Elle a plutôt choisi, par diverses négociations, de s'associer avec Vision Montréal, le parti fondé par Pierre Bourque et dirigé alors par Benoît Labonté.

Elle a fait ce choix pour une raison principale : disposer d'une organisation et de suffisamment d'argent pour se lancer illico dans la campagne.

Or, on sait maintenant comment Vision Montréal et Benoît Labonté ont obtenu une bonne part de cet argent.

Louise Harel, qui veut laver plus blanc que blanc, a beau répéter qu'elle a tout changé à son arrivée, le doute subsiste.

Et si, d'aventure, elle a tout changé, c'est donc qu'elle savait qu'il se passait quelque chose de louche. Dans les deux cas, il y a problème. Surtout quand on sait que l'éthique et la transparence sont ses principaux chevaux de bataille.

Car, au niveau du programme, Vision et Union, c'est blanc bonnet, bonnet blanc. Vision a repris à son compte plusieurs des projets déjà lancés par le parti du maire Tremblay, en tourisme, en développement économique et culturel et même en transport en commun.

Toutefois, Louise Harel porte son bagage péquiste. Elle privilégie donc une administration plus lourde: plus de fonctionnaires, plus de «comités centraux». Elle promet de régler plusieurs problèmes (déneigement, propreté, etc.) en centralisant les efforts autour de la ville-centre. Cela fonctionnera-t-il? On peut en douter.

Elle a toutefois une équipe jeune et talentueuse, peu expérimentée, mais qui pourrait faire une «petite révolution» à l'Hôtel de Ville.

POINTS FORTS: Représente un certain renouveau. Appuis solides chez les francophones et dans l'Est. Plusieurs candidats de talent.
POINTS FAIBLES: Ne semble pas capable d'unifier les Montréalais derrière elle, en particulier à l'ouest du boulevard Saint-Laurent. Encore perçue comme une «centralisatrice» et comme la mère de la fusion ratée des villes de l'île de Montréal.

GÉRALD TREMBLAY
Le naïf

C'est pratiquement un miracle que le maire sortant se sorte de cette campagne en un seul morceau, lui qui a été torpillé de tous bords, de tous côtés, depuis le début de cette campagne.

Les coups ont fusé de partout. Avant même qu'une opposition digne de ce nom ne l'attaque, ce sont les scandales révélés par les médias qui l'ont frappé de plein fouet.

Puis, tout au long d'une campagne qui aura finalement duré plus de cinq mois, les mauvaises nouvelles se sont succédé à un rythme fou...

Les terrains de la Société d'habitation de Montréal (SHDM) vendus au rabais à des promoteurs, les voyages de son ex-bras droit Frank Zampino sur le yacht de Tony Accurso, le contrat «trop gros, trop cher» des compteurs d'eau, les allégations de corruption et de financement illégal lancées par Benoît Labonté...

À chaque fois, Gérald Tremblay a dit essentiellement: 1-qu'il n'était pas au courant; 2-que depuis qu'il le sait, il a pris des mesures; 3-et que, partant de là, il fallait regarder vers l'avenir.

La première fois, les gens l'ont cru. La deuxième fois, ils se sont mis à douter. On l'a traité de «naïf». Puis, à chaque autre fois, à chaque déni, à chaque explication alambiquée, les Montréalais ont perdu un peu plus de la confiance qu'ils avaient placée en cet homme. D'un côté, même si, à tout hasard, il n'a jamais trempé dans les magouilles de son entourage, Gérald Tremblay mérite ce qu'il lui arrive.

Ses hésitations ont miné sa capacité à nous convaincre de sa bonne foi. Sa publicité radio, diffusée vers la fin de la campagne en dit long: on entend dire: «Le maire, y l'savait-tu ou il l'savait pas?» Il veut nous convaincre qu'il n'avait pas pu le savoir parce que les magouilleurs ne vont pas se vanter de leurs magouilles à leur patron.

Si, dès le début de l'année, Gérald Tremblay avait pris le taureau par les cornes et fait le ménage dans son entourage, sans hésiter, on n'en serait pas là.

Il aurait alors pu exposer sa vision de Montréal, ses projets de développement urbain, pour l'économie, le tourisme, le transport en commun, etc. C'est dommage, car, des programmes des trois partis sérieusement en lice, celui d'Union Montréal a le mérite d'être le plus réaliste, le plus clair, le plus responsable et le plus rassembleur.

POINTS FORTS: Le programme le plus solide, le plus réaliste, notamment grâce à des projets déjà en marche comme le Quartier des spectacles. Une équipe expérimentée, bien ancrée dans les différents arrondissements.
POINTS FAIBLES: Manque de leadership, clairement révélé par les hésitations dans la gestion des scandales qui ont frappé son administration.





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