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Corruption municipale

Faux bénévoles au service des partis politiques

Mathieu Turbide
Le Journal de Montréal
30/10/2009 05h22 

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Corruption municipale - Faux bénévoles au service des partis politiques
Selon nos sources, les firmes de génie-conseil espèrent récolter une plus grande part de contrats en donnant des coups de main aux organisations politiques, pendant les campagnes électorales. 
© PHOTO D'ARCHIVES

Pour resserrer leurs liens avec les politiciens, les firmes de génie-conseil du Québec ont pris l'habitude de «prêter» des employés aux organisations politiques pendant les campagnes électorales.

À lire aussi:

  • Le faux bénévolat contrevient à la loi
  • «Ça n'existe pas»
  • Selon ce que Le Journal a pu apprendre, la majorité des firmes importantes qui font des affaires avec les gouvernements agiraient de la sorte.

    Au cours de plusieurs entrevues avec des employés qui ont travaillé pour cinq des plus grandes firmes de génie-conseil du Québec, Le Journal a pu mettre à jour les stratagèmes qui permettent aux entreprises de génie-conseil de «donner un coup de main» aux politiciens en quête de pouvoir.

    Trois de nos sources ont directement participé à des activités électorales de politiciens municipaux et provinciaux, en «mission» pour les firmes de génie pour lesquelles ils travaillaient et par lesquelles ils continuaient d'être payés.

    «C'est pourri, pourri, pourri. C'est un système qui existe depuis des années et qui continue encore aujourd'hui», nous a expliqué une source, un ingénieur qui a travaillé plus de dix ans dans des postes de direction.

    «Présentement, si tu veux avoir des contrats, peu importe la firme pour laquelle tu travailles, si tu n'entres pas dans ce système-là, t'en n'auras pas», a souligné une autre source, qui a oeuvré pendant plusieurs années pour deux importantes firmes d'ingénierie québécoises.

    Des candidats choisis

    En gros, lorsqu'arrive le temps des élections, particulièrement au municipal, où ces entreprises tirent une grande part de leurs contrats, les firmes de génie-conseil identifient des partis politiques et des candidats à appuyer.

    Pour aider ces politiciens, ils leur «prêtent» des employés, qui travailleront activement à la campagne, soit pour l'organisation, la planification, le travail de bureau, le pointage téléphonique, la pose de pancartes, etc.

    «Dans une élection, il y a quelques années, on m'a prêté pour aller travailler dans l'organisation d'Union Montréal. C'était le seul parti sérieusement en position pour remporter les élections et la compagnie avait décidé qu'on les aidait», explique une de nos sources, qui dit avoir «tout fait ce qu'il y a à faire dans l'agenda d'une campagne électorale».

    Pendant ce temps, il touchait son plein salaire, payé par son employeur. «Et ce n'était pas comptabilisé dans les dépenses électorales du parti. J'étais officiellement un bénévole».

    Une autre source précise encore davantage. «Au municipal, et pas seulement à Montréal, c'est courant. On prête des locaux. Le candidat se loue un petit local, mais le gros du travail se fait dans des locaux appartenant à une firme. S'ils ont besoin d'imprimer des documents, ça se fait là aussi. Même chose pour le pointage par téléphone, etc.»

    Cette source a même dû «organiser» la campagne d'un candidat néophyte en politique municipale, mais qui «était dans la bonne gang».

    «Par exemple, il m'est arrivé d'aider un candidat dans une élection municipale, qui n'avait aucune organisation. On a tout bâti de A à Z. On devait l'aider parce qu'il était un candidat du maire en place. On lui a trouvé les travailleurs, on a fait la stratégie, tout.»

    Selon toutes les sources que nous avons consultées, ces «coups de main» donnés par les entreprises de génie-conseil aux politiciens visent un seul et unique but : créer des liens puissants avec des élus afin d'obtenir plus de contrats.

    «C'est évident, assure l'une de nos principales sources. Et ça se fait même sans qu'il y ait eu de demande de la part des politiciens. C'est la culture. Les firmes d'ingénierie vivent des contrats qu'elles obtiennent des gouvernements. Elles mettent donc beaucoup d'énergie et de temps pour créer des liens et les entretenir. Il y a beaucoup de contrats qui se donnent sans appels d'offres.»

    Et même lorsqu'il y a des appels d'offres, renchérit un autre ingénieur, le fait d'être copain-copain avec les élus aide.

    «Ça permet de savoir à l'avance ce qui s'en vient et de préparer des soumissions qui vont coller parfaitement à l'appel d'offres», dit-il.

    COMMENT ÇA FONCTIONNE ?

    Les sources interrogées par Le Journal expliquent comment fonctionnent les systèmes entre les firmes et les élus.

    AU SUJET DES CHÈQUES PERSONNELS AVEC PRÊTE-NOMS

    «À un moment donné, la firme décide, mettons, de verser 25000$ au parti X ou au candidat Y. Alors, ils trouvent 25 employés qui vont faire chacun un chèque de 1000$. Puis ils disent: "Mettez ça sur votre compte de dépenses, en kilométrage". En plus, c'est un revenu non imposable.»

    «La firme nous rembourse. Ça peut être un boni supplémentaire, une hausse de salaire, du kilométrage ou carrément de l'argent comptant.»

    QUELS EMPLOYÉS SONT «PRÊTÉS» POUR TRAVAILLER AUX ÉLECTIONS ?

    «Les gens qui donnent de l'argent et qui sont utilisés pour les campagnes électorales sont souvent des directeurs, ceux qui ont des primes rattachées à leur salaire. C'est plus difficile pour eux de dire non.»

    QUI REÇOIT L'ARGENT ET LA MAIN-D'OEUVRE?

    «Moi, j'ai souvent donné de l'argent à des partis politiques. Quand deux partis ont des bonnes chances de gagner, on en donne aux deux. Sinon, on se concentre sur celui qui est en meilleure position pour gagner les élections.»

    RETOUR D'ASCENSEUR ?

    «C'est certain que les politiciens se souviennent que tu as travaillé pour eux. Ils t'en doivent une. À talent ou qualité égaux, ils vont y aller avec ceux envers qui ils ont des dettes.»

    DU BÉNÉVOLAT, VRAIMENT ?

    «Moi, j'étais payé un salaire fixe. Que je fasse 30 heures ou 60 heures, ça n'avait aucune importance. Ce qui comptait, pendant les campagnes électorales, c'est que je fasse la job pour aider les candidats qui en avaient besoin.»





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