Au Canard huppé, à l’Auberge Handfield, au Château Laurier ou au lac Brome, ils tiennent des colloques, des séminaires et des soirées «reconnaissance» qui se comptent à la douzaine.
Ceux-ci sont habituellement suivies de repas; le vin est à l’avenant. Tout est remboursé et l’accueil de nouveaux fonctionnaires est fait au Sheraton ou à l’Auberge Gouverneur et coûte jusqu’à 5 000 $, indiquent des factures du ministère de la Solidarité sociale dont le Journal a obtenu copie.
Parfois, ils sortent des sentiers battus. Comme ceux de Saint-Jean-sur-Richelieu qui, à la veille du long congé de l’Action de grâce, se sont retrouvés dans un vignoble de Magog pour une journée «vendanges et visite VIP». Le forfait incluait la musique, le repas et, bien entendu, la dégustation du saint nectar.
À 56,34 $ par tête de pipe, la facture payée par le ministère s’est élevée à 2 478 $. Au ministère, cette activité a été jugée admissible parce qu’elle s’inscrivait dans une démarche «d’adhésion et de consolidation de l’équipe», malheureusement confrontée à la «clientèle démunie et vulnérable» que sont les assistés sociaux. Depuis lors, le CLE du Haut-Richelieu aurait la meilleure performance régionale.
Bouquet de fleurs… de 100 $
D’autres fonctionnaires ont préféré l’auberge Le canard huppé, sur l’île d’Orléans, ou l’Auberge & Spa West Brome, en Estrie. Pour d’autres, ce fut l’Auberge du Vieux Foyer, dans les Laurentides, ou Le Baluchon, en Mauricie. Toutes les réunions ont été autorisées par les gestionnaires, et sont d’ailleurs prévues au budget annuel de fonctionnement du MSSS qui compte 6 000 fonctionnaires.
Il arrive régulièrement que des repas soient livrés. Pour la rencontre des sous-ministres du Québec et de l’Ontario, à l’automne 2008, le restaurant Le Saint-Amour, un établissement haut de gamme du Vieux-Québec, a préparé 22 repas et facturé 16 bouteilles de vin. Au centre de la table, on avait gentiment posé un bouquet de fleurs… de 100 $. On avait aussi dépensé 414,91 $ pour les nappes, les ustensiles et les verres.
Des activités sont également souvent placées sous un thème précis, que l’on souhaite inspirant. Ainsi, pour un «colloque» tenu à l’hôtel Le Concorde, à Québec, au beau milieu de la semaine, en novembre 2008, on avait choisi une thématique liée à la mer. La soirée fut donc baptisée : «Jeter l’ancre.»
La salle était ornée de filets de pêche, de coquillages et de lampions en forme de phare. La décoration faite par une consultante a coûté 3 705 $, dont 420 $ pour des «ballons blancs et bleus», sans doute un rappel des nuages sur les vagues... La musicienne embauchée pour la soirée a touché 1 575 $.
Les 272 fonctionnaires présents ont par ailleurs présenté individuellement leurs frais de repas et d’hébergement. Concilier toutes les factures est quasiment impossible.
À l’été 2008, un CLE a débarqué au gîte De par Chez Nous, sur les rives du Richelieu, au sud de Montréal. Après 140 $ d’amuse-gueules, 234 $ de jus, de café et de brioches, 24 fonctionnaires se sont offert des suprêmes de pintade et des truites pour une ardoise de 936 $.
La belle vie durant la crise
Alors donc, pendant que Jean Charest sillonnait le Québec en annonçant une grave «tempête économique», au MSSS, on multipliait les additions. Les «frais de subsistance» ont ainsi atteint 795 000 $ au 31 mars 2009. Les taxis, les bus, le train, etc. ont coûté 1,7 million de dollars, tandis qu’à la rubrique «divers», on avait ajouté des factures totalisant 451 000 $. «Tout est conforme aux façons de faire», nous a-t-on assuré.