Un combat à finir

Zizanie libérale - Un combat à finir

Denis Coderre annonçait hier qu'il quittait son poste de lieutenant politique du chef libéral au Québec.Joel Lemay/Agence QMI

Mathieu Turbide
Le Journal de Montréal

Revenons en arrière un peu. Pas très loin. Le 22 mars dernier. C'était il y a tout juste six mois. À Laval, devant 400 militants libéraux réunis en conseil général de l'aile québécoise du PLC, Denis Coderre triomphait.

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Le bouillant député de Bourassa savourait sa nomination de lieutenant politique de son chef pour le Québec. Michael Ignatieff venait de promettre aux Québécois de les ramener «au pouvoir». Les sondages étaient favorables au PLC, qui devançait les conservateurs au Canada et même (légèrement) le Bloc québécois au Québec.

Revirement total

Mais six mois, en politique, c'est une éternité.

Coderre vient de quitter son poste de lieutenant politique, visiblement amer. Loin de ramener les Québécois au pouvoir, Ignatieff ne réussit même pas à défaire le gouvernement Harper, par la faute des... néo-démocrates.

Et, de toute façon, ça fait bien l'affaire du nouveau chef libéral, car son parti ne parvient pas à se hisser dans les sondages depuis le milieu de l'été. Le dernier coup de sonde effectué par Léger Marketing et publié dans Le Journal, hier, montre que le PLC ne recueille que 30% des voix au Canada, derrière les conservateurs de Stephen Harper qui sont à 36%. Avec un pareil score, les libéraux peuvent difficilement espérer remplacer le gouvernement Harper.

Le plus marquant dans ce sondage, c'est à quel point le Québec se démarque du reste du Canada dans le taux de satisfaction à l'endroit du gouvernement Harper. Seulement 29% des Québécois se disent satisfaits des conservateurs et estiment que le Canada va dans la bonne direction.

Une chicane qui va coûter cher

C'est donc au Québec, où ils n'ont que 13 députés, que les libéraux peuvent espérer faire le plus de gains. Le «timing» est parfait pour eux.

Mais cette chicane entre Denis Coderre et Martin Cauchon, qui ressemble à un vaudeville pathétique, risque de réduire les espoirs des libéraux à néant.

Et c'est Denis Coderre lui-même qui aura donné les arguments qui permettront au Bloc québécois de torpiller toute tentative de Michael Ignatieff de devenir le nouveau champion des Québécois face à Stephen Harper.

En accusant «la garde rapprochée torontoise» de Michael Ignatieff (lire: Bob Rae) d'avoir eu le dessus sur le lieutenant politique québécois et son équipe, Coderre savait très bien ce qu'il faisait.

Un martyr?

Car si Michael Ignatieff en venait à faire de Martin Cauchon son nouveau lieutenant politique - et cela serait très étonnant -, celui-ci sera toujours vu comme le «choix de Toronto».

En claquant la porte de cette manière, Denis Coderre se positionne comme une «victime» des méchants Anglais. Plusieurs vont le voir comme le Québécois qui s'est tenu debout devant les Anglais, là-bas, à Toronto. Les Québécois adorent ça.

Voilà pourquoi, d'ailleurs, Michael Ignatieff hésite à nommer un remplaçant à Denis Coderre. Pas question, pour le moment, de se doter d'un nouveau lieutenant politique au Québec.

Cela ne fera rien pour aider l'énigmatique Michael Ignatieff à régler son problème d'image, ici. On ne sait pas trop si son amour du Québec, qu'il ne cesse de proclamer, est bien réel ou s'il s'agit d'une manoeuvre. «Qui trop embrasse, mal étreint», dit le proverbe.

Sans le Québec, un chef libéral a bien peu de chances de devenir premier ministre.

Denis Coderre et Martin Cauchon le savent trop bien. Et c'est pour cela qu'ils affûtent leurs couteaux en vue du combat à finir qu'ils se livreront lors de la prochaine course à la chefferie.


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