Il n'a fallu que quelques minutes pour que les profs et directeurs d'écoles tirent à boulets rouges sur le plan annoncé par la ministre de l'Éducation afin d'accroître la «persévérance scolaire» au Québec.
«C'est d'une tristesse épouvantable, déplore Chantal Longpré, de la Fédération québécoise des directions d'établissements d'enseignement. Il n'y a presque rien de neuf et, en plus, on ne fait pas confiance aux experts du milieu de l'éducation.»
La Centrale des syndicats du Québec (CSQ), qui représente 100 000 employés du monde scolaire, est tout aussi déçue. «Ce sont 28000 jeunes qui décrochent de l'école chaque année et qui attendent beaucoup plus de la ministre de l'Éducation», dénonce le président de la CSQ, Réjean Parent.
L. Jacques Ménard est content
À peine 72 % des jeunes Québécois ont obtenu un diplôme d'études secondaires, l'an dernier. Michelle Courchesne mise sur 13 «actions» pour faire passer ce taux de diplomation à 80 % d'ici 2020.
La mise en place de ce plan nécessitera, à terme, des investissements de 160 M$ par an.
Plusieurs de ces mesures sont inspirées du rapport présenté en mars dernier par le Groupe de réflexion présidé par L. Jacques Ménard, de BMO Groupe financier. Celui-ci a d'ailleurs salué le plan de la ministre, hier, tout comme la Fédération des comités des parents et celle des commissions scolaires.
D'autres mesures, telle la diminution du nombre d'élèves par classe au primaire, avaient déjà été annoncées par Michelle Courchesne. Il s'agit cependant «d'une dilution des promesses qu'elle avait faites, alors qu'elle promettait une baisse au secondaire», rappelle Manon Bernard, de la Fédération de syndicats de l'enseignement, qui représente 60 000 profs.
La ministre Courchesne maintient aussi certains programmes existants, comme «Agir autrement», qui seront cependant revus et améliorés, assure-t-elle.
«Remplir des papiers»
Après la «table de pilotage» de la réforme de l'éducation, le plan Courchesne prévoit la création de trois nouveaux comités, dont un «Comité de vigie». Les écoles devront également rendre compte «à intervalles réguliers» des progrès qu'elles observent, ce qui irrite les directions d'établissements.
«Pendant qu'on va remplir des papiers pour faire plaisir au gouvernement, on ne fera pas le vrai travail qui permettrait de contrer le décrochage», peste Chantal Longpré. Celle-ci croit que «nos élèves ne réussiront peut-être pas mieux en 2020, parce qu'on ne permet pas aux écoles de prendre les décisions qui doivent se prendre près de l'élève.»
Le plan ne prévoit l'embauche d'aucun professionnel additionnel dans les écoles. «La ministre répète qu'il y a eu un ajout de 1 800 personnes, alors que seulement 178 professionnels, tels des orthophonistes et psychologues, ont été embauchés», dit Jean Falardeau, de la Fédération des professionnels de l'Éducation.
Les nouveaux comités de Michelle Courchesne
Après la «table de pilotage» sur la réforme, il faudra s'habituer à entendre les noms de ces nouveaux comités, dont la création a été annoncée hier par la ministre de l'Éducation :
Le «Comité de vigie» Formé de personnalités publiques de divers horizons, d'enseignants et de chercheurs, il proposera des «ajustements» à la ministre et suivra l'évolution des taux de réussite.
Un «comité de suivi» sera mis sur pied «pour effectuer un suivi plus pointu de ce qui se passe sur le terrain», explique l'attachée de presse de la ministre, Kim Ledoux.
Un «comité interministériel» sera aussi créé «en vue de faciliter et d'accroître l'arrimage et la coordination des actions gouvernementales en matière de persévérance scolaire.»
LES 13 MESURES ANNONCÉES
1. Valoriser l'éducation et la persévérance scolaire
Des messages visant la «mobilisation de la société» seront diffusés.
Michelle Courchesne fera une tournée des régions.
2. Établir des cibles de réussite pour chaque commission scolaire
Indiquer, d'ici le 31 mars 2010, les moyens mis en oeuvre pour atteindre un taux de diplomation de 80 % d'ici 2020.
Un répondant sera chargé du dossier dans chaque commission scolaire.
3. Mobiliser les acteurs régionaux
«Nous allons encourager des initiatives de groupes communautaires pour développer la persévérance», explique Michelle Courchesne.
4. Préparer l'entrée à l'école des enfants des milieux défavorisés
Les commissions scolaires établiront des liens avec les CPE afin d'agir plus rapidement auprès des jeunes à risque.
5. Réduire le nombre d'élèves par classe au primaire
D'ici 2012-2013 : un maximum de 20 élèves en milieux défavorisés et un maximum de 26 élèves dans les autres milieux
6. Réduire les retards d'apprentissage au primaire
Le programme «Aide aux devoirs» sera amélioré.
Chaque élève qui échoue en lecture ou en mathématiques se verra proposer des mesures d'aide.
7. Renforcer la stratégie «Agir autrement» déjà existante
133 écoles serviront de modèles aux autres.
Deux commissions scolaires testeront des projets éprouvés hors du Québec.
8. Offrir un accompagnement individualisé aux élèves du secondaire
Ajout de 200 enseignantsressources d'ici 2010-2011
9. Augmenter l'offre d'activités parascolaires sportives et culturelles
Plus particulièrement pour les garçons et les élèves à risque au secondaire
10. Réaliser des projets communautaires ciblant les jeunes à risque dans les quartiers les plus défavorisés de Montréal
«Il y aura des écoles ciblées dans Centre-Sud, LaSalle et Montréal-Nord», indique Michelle Courchesne.
11. Mieux accompagner les élèves de 4e et 5e années du secondaire
«Ils ont presque terminé, mais ils ne réussissent pas en français ou en mathématiques. Nous allons les accompagner pour qu'ils réussissent», dit la ministre.
12. Favoriser et encourager l'accès à la formation professionnelle
«Il faut qu'il y ait des métiers, insiste la ministre. Si des jeunes n'ont pas réussi leurs matières générales, des entreprises vont leur ouvrir leurs portes pour qu'ils puis-sent mieux cerner ce qu'ils peuvent faire.»
13. Raccrocher le maximum de décrocheurs
Des mesures leur seront proposées «systématiquement» pour envisager un retour aux études