Le député d'Argenteuil, David Whissell, pourra continuer à faire prospérer son entreprise d'asphaltage à l'abri d'allégations de conflit d'intérêts.
M. Whissell a choisi de remettre sa démission comme ministre du Travail plutôt que de se départir de ses parts dans la société ABC Rive-Nord.
Critiqué pour avoir relâché les exigences envers ses ministres en matière d'éthique, le premier ministre Jean Charest a cédé à la pression en annonçant un resserrement des normes.
Du même souffle, il a sonné le glas de la carrière ministérielle de M. Whissell.
«L'apparence d'intégrité de mon gouvernement est tout aussi importante pour mon gouvernement que l'intégrité elle-même», a dit aujourd'hui M. Charest, en conférence de presse à l'Assemblée nationale aux côtés du député d'Argenteuil.
Il s'agit d'une volte-face pour le premier ministre qui avait assoupli les règles éthiques à trois reprises depuis 2003 pour accommoder ses ministres et leur permettre de conserver leurs intérêts dans des entreprises.
«J'ai fait cela de bonne foi», mais «la situation a évolué», a expliqué M. Charest.
Dorénavant, «il ne sera plus possible pour un ministre d'avoir une participation dans une entreprise privée qui fait affaires avec le gouvernement», a précisé le premier ministre.
Forcé de choisir entre son entreprise d'asphaltage et le service public, David Whissell a opté pour la première.
«Une décision s'impose: quitter mes fonctions de ministre ou me départir de mon patrimoine placé dans une fiducie sans droit de regard. J'ai donc informé le premier ministre que je me retire du conseil des ministres», a-t-il dit, la mine déconfite.
Sans dévoiler ses intentions futures, M. Whissell a indiqué qu'il conservera «pour le moment» son siège de député.
Le ministère du Travail a été confié à Sam Hamad qui continuera d'assumer ses fonctions à l'Emploi et à la Solidarité sociale.
Depuis plusieurs mois, M. Whissell faisait l'objet d'allégations de conflit d'intérêts en raison de ses liens avec l'entreprise familiale, ABC Rive-Nord, une société qui fait des affaires d'or grâce à des contrats gouvernementaux.
En outre, l'entreprise a obtenu sans appel d'offres des contrats gouvernementaux totalisant 800 000 $, dont l'un de 564 000 $ pour des travaux réalisés dans la circonscription de M. Whissell aux portes de l'Outaouais.
Récemment, le Syndicat de la fonction publique du Québec avait réclamé une enquête du vérificateur général sur l'attribution de ces contrats de gré à gré.
En annonçant à la sauvette un resserrement des règles d'éthique, le premier ministre a simplement voulu «sauver la face», a soutenu le leader parlementaire de l'opposition officielle, Stéphane Bédard.
Selon le député péquiste, cette nouvelle controverse justifie plus que jamais la nomination, dans les plus brefs délais, d'un commissaire à l'éthique.
Plutôt que de s'assurer qu'il n'y ait pas apparence de conflit d'intérêts au sein du gouvernement, le premier ministre a «rabaissé les standards et a été pris la main dans le sac», a-t-il ajouté.
Même son de cloche du côté de l'Action démocratique du Québec.
«Je pense que M. Charest a entendu la population qui trouvait qu'il avait l'éthique élastique et l'élastique lui a "pété" au visage», a commenté le député Marc Picard, des Chutes-de-la-Chaudière.
Quant à Amir Khadir, de Québec solidaire, il a dénoncé la trop grande «promiscuité» entre le pouvoir politique, les intérêts privés et les milieux d'affaires.
Le leader de la formation de gauche a dit souhaiter que la pression populaire contraindra le gouvernement à édicter des règles beaucoup plus strictes en matière d'éthique.
«Heureusement, les attentes de la population québécoise au niveau éthique sont beaucoup plus élevées que celles de M. Charest», a-t-il affirmé.