Des données obtenues par le Journal révèlent que 54 détenteurs de diplômes d'études secondaires (DES) ont été recrutés pour enseigner dans les écoles publiques, en 2008-2009. Ceux-ci ont notamment donné des cours d'anglais, de mathématiques, de sciences humaines et d'arts.
Deux d'entre eux ont aussi obtenu des postes dans des écoles primaires.
La situation n'était guère mieux dans les institutions privées, où 40 enseignants n'avaient pas complété d'études postsecondaires, l'an dernier (voir encadré).
«Permission exceptionnelle»
Pour être prof au Québec, il faut pourtant avoir complété un baccalauréat spécialisé d'une durée de quatre ans ou une maîtrise en enseignement.
Lorsqu'une école est incapable de trouver un enseignant qualifié pour combler un poste, elle peut faire une demande de «tolérance d'engagement». Cette «permission exceptionnelle» lui permet d'embaucher un individu qui n'est pas diplômé en enseignement afin d'agir en tant que prof.
L'an dernier, 2 448 de ces autorisations ont été délivrées par le ministère de l'Éducation, a appris le Journal.
Même si un grand nombre de ces dérogations ont été remises à des gens qui détenaient un baccalauréat, les écoles se sont néanmoins tournées vers 224 diplômés du collégial - en plus des 94 du secondaire - pour combler des postes vacants.
Un constat «troublant»
Le professeur Gérald Boutin, de l'UQAM, trouve «pour le moins troublant» que des écoles aient embauché des enseignants qui détenaient seulement un DES, l'an dernier. L'expert est «vraiment étonné» que huit de ces personnes aient été embauchées en adaptation scolaire.
«Ces gens-là doivent être formés pour intervenir spécifiquement auprès des clientèles les plus difficiles», dit-il.
En début de soirée, hier, le porte-parole du ministère de l'Éducation, Pierre Noël, n'était pas en mesure d'expliquer pourquoi ces huit personnes avaient obtenu des «tolérances d'engagement» en adaptation scolaire. Il a cependant précisé que, dans deux cas, les commissions scolaires concernées «n'avaient pu trouver mieux ailleurs» et que, dans un troisième cas, l'embauche était survenue à la fin de l'année.
Selon plusieurs observateurs interrogés par le Journal, l'enseignement de l'anglais dès la première année et l'ajout d'enseignants orthopédagogues expliquent pourquoi les écoles embauchent autant de profs non qualifiés. «Il y a eu un manque de prévision, estime Gérald Boutin. Les commissions scolaires se retrouvent prises au piège, parce qu'elles n'arrivent pas à trouver les personnes [qualifiées pour combler tous ces postes].»
La Fédération des établissements d'enseignement privé n'était pas en mesure de répondre aux questions du Journal, hier.