Non Monsieur-bricole, pas le dimanche

Contrôle du bruit - Non Monsieur-bricole, pas le dimanche

De plus en plus de villes répondent aux plaintes de leurs citoyens contre le bruit excessif en adoptant divers règlements pour contrôler le nombre de décibels et les activités permises, surtout le week-end et les jours fériés. © Archives

Dany Doucet
Le Journal de Montréal

Oui à un voisin qui décide d'agrandir son balcon de bois et qui donne des coups de marteau tout le week-end, mais non à un autre qui bricole à la scie ronde ou qui abat des arbres à la scie mécanique par un beau dimanche après-midi. Granby a joint lundi soir les rangs des villes qui se dotent d'un règlement coriace contre le bruit le dimanche.

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«Des Messieurs-bricole qui commencent au début mai et qui font du bruit chez eux jusqu'en octobre, on en a soupé de ça!», a lancé hier en entrevue le maire de Granby, Richard Goulet, après avoir connu la veille une assemblée houleuse et particulièrement... bruyante!

Granby est l'une des villes - de plus en plus nombreuses - qui veulent restreindre le bruit de voisinage excessif les jours de congé, en particulier le dimanche.

L'arrondissement Outremont vient d'amender le sien. Westmount, Mont-Royal et Saint-Lambert ont le leur depuis longtemps.

Hier à l'Hôtel de Ville de Québec, un ancien animateur de radio bien connu, Marc Simoneau, a promis de remettre ce dossier à l'agenda s'il est réélu cet automne.

Bref, c'est presque devenu une mode dans le monde municipal.

Un jour de paix par semaine

«Est-ce exagéré de demander aux citoyens de ne pas faire de bruit excessif une fois par semaine? Moi, je pense que non», ajoute le maire de Granby.

Toutefois, son règlement vient à peine d'être adopté qu'on annonce déjà qu'il sera contesté dès la première occasion.

En gros, il interdit l'utilisation en zone résidentielle, le dimanche, de tout outil mécanisé, sauf d'un seul: la tondeuse.

«Je ne m'en cache pas, il y a eu plus de réactions que prévu, admet le maire Goulet. Mais il y a eu beaucoup de désinformation aussi, entre autres au sujet des tondeuses», ajoute-t-il.

La majorité silencieuse?

Celui-ci estime que la Ville s'est portée à l'écoute de «la majorité silencieuse» davantage que les opposants au projet.

Ces derniers lui ont présenté lundi soir une pétition de 1500 signatures.

«Mes clients ont recueilli tous ces noms en ne poussant pas; ç'aurait été facile d'en avoir le double ou même 5000», soutient l'avocat Gabriel Gaudet, qui représente ces derniers, parmi lesquels se trouveraient des commerces de location d'outils.

Ce dernier vérifiait hier si l'amendement au règlement adopté était légal et promettait de suivre de près l'émission des premières contraventions «si les policiers appliquent le règlement.»

Plus sévère encore à Saint-Lambert

Ce sont Saint-Lambert et Outremont qui semblent détenir le règlement municipal le plus sévère contre le bruit au Québec, du moins le dimanche.

Contrairement à Granby, il n'est même pas permis de donner des coups de marteau ni même de tondre la pelouse le dimanche.

Autre différence, à Granby, la police n'interviendra pas si des citoyens ne se plaignent pas.

«La majorité du temps, soutient le maire Goulet, il n'y a pas de problème de voisinage et je ne crois pas qu'il y aura de plaintes si quelqu'un décide de refaire son toit un week-end de beau temps une fois après 25 ans.»

«C'est un règlement qui encourage la délation entre voisins», soutient l'avocat Gabriel Gaudet.

La vie privée

Si les villes s'ingèrent de plus en plus dans la vie quotidienne de leurs citoyens, c'est avant tout pour discipliner une minorité de personnes, admet le maire de Granby Richard Goulet.

C'est pour cette même raison, dit-il, que la Ville a un jour décidé de restreindre l'utilisation des tondeuses à une plage entre 9h et 17h, les samedis et dimanche.

«J'imagine qu'il y a des gens qui n'ont pas aimé ça, dit-il, peut-être parce qu'ils faisaient leur gazon à 6h le matin alors que la majorité des gens voulaient dormir un peu plus longtemps.»

D'autres exemples

À Saint-Lambert et Outremont, on a carrément interdit de tondre sa pelouse le dimanche, en plus des travaux extérieurs avec des «outils bruyants».

À Outremont, on ne permet pas le désherbage mécanique non plus le dimanche.

À la ville de Mont-Royal, on a restreint l'utilisation de la tondeuse à un horaire de 10h à 16h les samedis et dimanches, mais on vient d'y interdire l'utilisation de souffleuses à feuilles jusqu'au 1er octobre.

À Greenfield Park et dans d'autres villes, par ailleurs il y a belle lurette qu'on interdit le bruit qui dépasse 50 décibels, dont ceux des thermopompes et climatiseurs.

En attendant une politique provinciale sur le bruit

De plus en plus de villes et municipalités s'intéressent à la question du bruit, mais peut-être pas aussi rapidement que ne le souhaiterait l'Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec.

«On parle beaucoup de pollution de l'eau, de l'air et du sol au Québec, mais peu de la pollution par le bruit», note Marie-Pierre Caouette, présidente de l'ordre.

Les municipalités essaient de répondre aux plaintes de leurs citoyens, mais ne sont pas plus agressives qu'il ne le faut, bien qu'on entende parler beaucoup de l'initiative de Granby depuis quelques jours.

Au point où l'ordre n'a reçu aucune candidature, cette année, pour le prix qu'elle décerne aux municipalités qui font les plus grands efforts pour réduire le bruit excessif dans le cadre de son concours «Villes et villages paisibles».

«On va réorienter notre concours vers les citoyens, les élus ne sont pas encore rendus là», note Mme Caouette.

Stress et problèmes de sommeil

Le bruit cause du stress et de l'anxiété, il peut conduire à des problèmes cardiaques, des maux de tête et des troubles de sommeil, selon Mme Caouette.

Pour cette raison et d'autres, l'ordre observe une dégradation de l'audition des citoyens au Québec et attend que le gouvernement se prononce sur la question du bruit en général.

Il y a maintenant trois ans qu'un comité d'expert a été constitué à la demande de l'Institut de recherche sur la santé publique du Québec (IRSPQ) pour conseiller le gouvernement sur la pertinence ou non d'adopter une loi provinciale sur le bruit.

Ce rapport devrait être prêt «à la fin de l'automne», selon la porte-parole de l'IRSPQ, Nathalie Hudon.

Extraits de règlements municipaux sur le bruit


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