«D'un point de vue social, ça devient inquiétant, estime le professeur Joël Monzée, du Département de pédiatrie de l'Université de Sherbrooke. Est-ce qu'on veut que les jeunes deviennent des robots qui performent?», lance-t-il.
Des données obtenues par le Journal révèlent que plus de 12 600 000 comprimés de méthylphénidate - la famille de médicaments qui inclut le Ritalin, le Concerta et leurs génériques - ont été prescrits au Québec entre janvier et mai 2009.
Cela représente une moyenne de quelque 2 500 000 pilules par mois, en hausse d'environ 15% par rapport à la moyenne mensuelle observée en 2008.
Ces médicaments sont surtout administrés aux enfants qui souffrent d'un trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité (TDAH). Ce trouble est souvent détecté chez les élèves qui ont du mal à se concentrer à l'école.
Avec une telle croissance, le Québec est plus que jamais le «champion canadien» du Ritalin. Alors que la province représente moins du quart de la population du pays, on y a distribué, depuis le début de l'année, 44% des ordonnances et 35% des pilules.
Records battus
Ces proportions sont en croissance par rapport à 2008, année où le Québec avait atteint un nouveau record de consommation de Ritalin. Si la tendance se maintient, cette marque pourrait être éclipsée d'ici la fin de l'année.
Pour Joël Monzée, cette nouvelle augmentation de la consommation de Ritalin est due à la pression qui est mise sur les
enseignants. «Le professeur se retrouve à devoir rendre des comptes à la direction, aux parents, à la commission scolaire et ça le place dans une situation de stress continu», avance-t-il.
Selon M. Monzée, cela peut inciter des profs à insister auprès des parents afin qu'ils tentent d'obtenir une prescription de Ritalin pour leur enfant. Il estime que les médecins sont eux aussi débordés et ne prennent pas le temps de se poser les bonnes questions lorsque les parents se présentent devant
eux. «Les gens sont pleins de bonne volonté, mais à cause de ce stress de performance, ils développent des comportements qui sont questionnables», dit-il.
La seule solution?
Le Regroupement des Auberges du coeur, qui accueille 3000 jeunes en difficulté par an, partage les mêmes craintes.
«On constate nous aussi que l'ensemble des médicaments prescrits aux jeunes en difficulté augmente et ça nous inquiète», dit la porte-parole, Isabelle Gendreau.
Celle-ci déplore que la médicamentation soit «la seule solution qui est proposée».
«On sait qu'il y a des enfants qui en ont besoin, dit Mme Gendreau. Mais en même temps qu'on assiste à ces hausses-là, on assiste aussi à une hausse du décrochage. On pense qu'il faudrait s'arrêter et se questionner sur nos pratiques.»