L’aventure d’un jeune écervelé au Jardin zoologique de Québec est venue rappeler (outre qu’un grizzly, ça mord) à quel point cet équipement régional a été laissé à l’abandon depuis sa fermeture.
Le zoo était une sortie incontournable pour tous les citoyens de Québec qui allaient y voir des animaux, bien sûr, mais surtout se promener dans ce magnifique parc à quelques minutes du centre-ville.
Vint un moment où il était difficile pour un gouvernement qui avait de la misère à financer ses écoles et ses hôpitaux de justifier le fait qu’il injectait des millions dans un zoo déficitaire.
Sous le gouvernement du Parti québécois, on a levé le nez sur une subvention fédérale de 18 millions qui venait avec de la visibilité (c’est l’épisode du «chiffon rouge») et suivi les recommandations d’un comité d’experts qui recommandait de changer la vocation du Jardin zoologique. Finis les gros animaux, on allait se tourner vers les oiseaux pour attirer une clientèle.
Le Jardin zoologique, qui avait déjà du plomb dans l’aile, a carrément piqué du nez.
Les gens de Québec ont boudé l’oiselière, qui avait été construite à grands frais, d’autant plus qu’on leur imposait un droit d’entrée exorbitant. Ce sont les libéraux, revenus au pouvoir, qui ont eu la tâche ingrate de fermer le zoo et le ministre responsable de la région, Michel Després, a traîné cette décision comme un boulet.
Pour observer des girafes, des gorilles ou des hippopotames, il faut donc se rendre à Granby ou Hemmingford. On peut voir des tigres au Zoo de Saint-Félicien (région du ministre Jacques Brassard, qui a imprimé le virage «moineaux» à Québec) et un terrain en friche à Charlesbourg.
De toute évidence, la fermeture du zoo s’est faite dans l’improvisation la plus totale. L’ancien Jardin est écartelé entre deux organismes gouvernementaux, la Sépaq et la Commission de la capitale nationale. Un reportage récent de TVA nous montrait que la partie de la CCNQ (le secteur du Moulin) est manucurée, tandis que la Sépaq a laissé la nature prendre le dessus dans sa section.
La vérité, c’est qu’aucun organisme public ne voulait prendre la responsabilité d’entretenir des animaux sauvages. Des ours devenus trop vieux pour un transfert y attendent que le temps fasse son œuvre et que la vocation zoologique soit définitivement chose du passé.
Au moment de la fermeture, on avait évoqué la construction d’une école d’horticulture sur place, sans doute pour mieux faire passer cette mauvaise nouvelle. Le projet était rattaché à la Commission scolaire des Premières-Seigneuries.
Trois ans plus tard, rien n’a été fait et Le Journal de Québec nous apprenait, samedi, que le coût du projet, évalué à 8,7 millions, oscille maintenant entre 15 millions et 30 millions, selon le scénario retenu.
Je suis loin d’être persuadé qu’il faut mettre autant d’argent pour un simple transfert d’une école d’horticulture. Ce n’est pas ce qui va donner au Jardin une vocation grand public.
Politiquement, le dossier est empoisonné, ministres et députés n’osent plus y toucher.
Dossier «échappé»
Le maire Régis Labeaume, interrogé sur ce dossier, a laissé tomber avec lucidité «on l’a échappé celui-là», ce qui résume bien la situation. À l’époque, des sociétés avaient cherché à sauver l’essentiel et un promoteur privé avait offert de reprendre les installations et de les moderniser.
Toutes ces avenus ont été écartées au profit d’une approche gouvernementale basée sur un mauvais concept d’affaires qui a précipité la fermeture pure et simple du zoo de Québec.
Il est clair que les terrains du Jardin zoologique sont sous-utilisés et qu’il est temps de faire preuve d’un peu d’imagination pour en faire à nouveau une destination recherchée.