La crise épargne le privé

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La proportion d’élèves inscrits dans une école privée sera encore plus importante l’an prochain, malgré la crise économique.© Journal de Montréal - Archives

Sébastien Ménard
Le Journal de Montréal

Malgré la crise économique, la proportion d'élèves qui fréquenteront une école privée atteindra un nouveau sommet l'an prochain.

Selon les prévisions fournies par le ministère de l'Éducation, les jeunes inscrits au privé représenteront 12,6% de l'ensemble des écoliers québécois lors de la prochaine rentrée scolaire. Cette proportion est en hausse constante depuis quelques années et la conjoncture économique ne freine en rien cette progression.

À l'inverse, les jeunes qui fréquenteront le réseau public représenteront 87,4%, le plus faible taux des dernières années.

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Pour une deuxième année consécutive, cependant, les deux réseaux seront frappés par la baisse démographique. En effet, moins d'un million d'élèves fréquenteront une école publique ou privée en septembre, du jamais vu depuis la fin des années 1950, selon Statistique Canada.

La chute du nombre d'écoliers observée au public n'aura toutefois aucune commune mesure avec celle prévue dans les institutions privées.

Alors que les établissements publics perdront plus de 18 000 élèves, les collèges privés en accueilleront seulement 104 de moins. Toutes proportions gardées, cela signifie que la baisse du nombre d'écoliers sera 20 fois plus importante au public qu'au privé.

Une question de perception

La présidente de la Fédération québécoise des directions d'établissements, Chantal Longpré, estime que les parents continuent à se tourner massivement vers le privé à cause «de perceptions» qu'ils ont.

«Les gens ont l'impression que le privé offre une qualité supérieure et plus d'encadrement, dit-elle. C'est une perception qui traîne depuis des années.»

Le professeur Gérald Boutin, de l'UQAM, abonde dans le même sens. «Le secteur public s'est attiré de nombreuses critiques, fondées ou non, au cours des dernières années», souligne-t-il.

M. Boutin croit que la réforme de l'éducation incite également des parents à opter pour un collège privé plutôt que pour l'école publique de leur quartier. «Ce qu'on entend, c'est que la réforme, dont les résultats sont très mitigés, serait appliquée avec plus de nuances au privé», indique-t-il.

Valoriser l'école publique

La Fédération des commissions scolaires du Québec est «consciente» qu'elle perd une partie de ses élèves au profit du privé. «On va continuer à valoriser l'école publique», martèle le porte-parole de l'organisme, Jean-Pierre St-Gelais.

La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, «a toujours travaillé pour que l'école publique soit valorisée davantage», dit son attachée de presse, Kim Ledoux.

Elle fait valoir que ces données sont «des prévisions, des estimations qui peuvent changer.» À son avis, d'ailleurs, la baisse démographique finira par affecter autant le privé que le public d'ici quelques années.

Le porte-parole de la Fédération des établissements d'enseignement privés, Auguste Servant, croit que ses membres sont protégés contre la baisse démographique parce qu'ils sont surtout situés dans les régions urbaines.

Il fait valoir, également, que ces secteurs sont moins frappés par la crise économique que le reste du Québec.


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