Si la même situation se produisait dans une garderie, un bar ou une salle de classe, l'État interviendrait immédiatement. Pourtant, les prisons continuent de déborder et rien n'est fait pour améliorer la situation, déplore l'Office des droits des détenus.
Selon un portrait de la situation déposé récemment à l'Assemblée nationale, il n'y avait que deux places de disponibles dans l'ensemble des prisons du Québec, le 12 juin dernier.
Dans les faits, si certaines prisons provinciales, telles que celles de Sept-Îles ou de Baie- Comeau, ne sont remplies qu'à 56% ou 77% de leur capacité, d'autres vivent des situations plus problématiques.
La prison de Hull, par exemple, affiche plus que complet, avec un taux d'occupation de 118 %, soit 25 détenus en trop.
À Saint-Jérôme, la prison présente un taux de 113%, alors qu'à Amos on dépasse de 11% la norme permise. New Carlisle affiche un taux de 115%, alors que Rimouski ne fait guère mieux avec 112% d'occupation.
Normes minimales
Où les met-on, ces détenus en trop? Dans son jargon, le ministère de la Sécurité publique parle de places «non traditionnelles».
Dans les faits, les gars couchent dans les gymnases, les salles de classe ou des bureaux administratifs.
Alors qu'on demande aux délinquants de respecter les règles de la société, le ministère de la Sécurité publique ne respecte pas ses propres normes minimales en les entassant dans les prisons, estime Jean-Claude Bernheim, de l'Office des droits des détenus.
«Comment peut-on dire ensuite à ces gens qu'il faut respecter les règles et les normes?», s'interroge-t-il.
Selon lui, ça donne l'impression qu'il y a deux types de règles: une pour le gouvernement, une pour les autres.
La surpopulation dans les prisons provinciales interpelle particulièrement M. Bernheim puisque les peines de trois mois et moins n'ont aucun effet positif sur les détenus, dit-il, et puisque c'est trop court pour identifier les problèmes et trouver des solutions.
De plus, M. Bernheim remarque que les détenus préfèrent généralement endurer la situation plutôt que de se plaindre, par crainte de représailles.
Tout cela a un effet psychologique négatif, selon lui, puisqu'au bout de leur peine, ils ont besoin de s'extérioriser, de décompresser.
«Ils sont tellement stressés quand ils sortent, dit M. Bernheim. Ce n'est pas une très bonne façon de réhabiliter les gens.»
«Le ministère de la Sécurité publique reconnaît la situation de surpopulation et suit quotidiennement l'évolution de la capacité carcérale en faisant appel à l'ensemble du réseau correctionnel», dit la porte-parole Marie Michèle Lacasse.
«Les transferts et l'utilisation de places non traditionnelles sont utilisés lorsque requis.»