Dans une longue conférence de presse au cours de laquelle il s'est dit victime de mauvaises interprétations et de jugements trop rapides, M. Chaput a répliqué à plusieurs des reproches que lui adressait le rapport du vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, jeudi dernier.
Il a aussi annoncé qu'il refusait de démissionner comme le lui ont demandé à mots à peine couverts le premier ministre Charest et la ministre de la Culture, Christine Saint-Pierre.
«Si aujourd'hui je vous disais que je démissionne, je viendrais de dire 'oui c'est vrai tout ce qui est là'. Or, c'est faux. Je n'ai pas des goûts somptueux, je n'ai pas dépensé comme ça, je n'ai pas pris de l'argent qui devait être là. Donc, à partir de là, je n'ai pas à démissionner», s'est-il défendu.
Plus tôt dans la journée, la ministre Saint-Pierre lui avait encore une fois montré la porte, à l'Assemblée nationale.
«Je veux que le conseil d'administration prenne acte que les dépenses du directeur général de la SODEC sont inacceptables et que, selon le gouvernement, le directeur de la SODEC n'a plus l'autorité morale pour diriger maintenant cette société d'État», a déclaré la ministre.
Chambres «très ordinaires»
Jean-Guy Chaput s'est défendu d'avoir payé trop cher en réservant une chambre à 1330 $ la nuit à Cannes.
«Cannes, c'est cher. Les hôtels, c'est cher. C'est onéreux. Mais ce n'est pas somptueux», a-t-il dit avant de qualifier de «très ordinaires» les chambres de l'hôtel 1835 White Palms, où il a couché pendant près de dix jours.
Le pdg de la SODEC, nommé par Jean Charest en 2004, a soutenu que les dépenses de 80 000 $ pour des réceptions étaient légitimes car cet argent a servi à organiser un événement pour soutenir le cinéma québécois à Paris pendant 10 jours. Il a aussi défendu l'utilisation de plus de 200 000 $ pour des dépenses d'opération qui ont été comptabilisées comme de l'aide financière.
«C'est montré comme si on avait dépensé cet argent-là dans de grands restaurants, à manger. Mais c'est tout à fait faux», a-t-il dit.
«J'ai subi pas mal»
Le pdg de la SODEC, proche ami de l'ex-ministre de la Culture Lyne Beauchamp et de son mari Pierre Bibeau, a avoué avoir été très sensible aux accusations dont il a été l'objet depuis le dépôt du rapport du vérificateur général.
«C'est hallucinant. [...] J'ai subi pas mal. On m'a prêté beaucoup d'intentions. [...] Ça m'a affecté moi et ma famille, les derniers jours ont aussi affecté beaucoup les employés de la SODEC», a-t-il dit.
Il trouve injustes les critiques à l'endroit de sa société alors que le cinéma québécois connaît du succès.
«Nous avons eu trois films québécois pendant la Quinzaine des réalisateurs. [...] 2009 est une année exceptionnelle pour le cinéma québécois. Les résultats sont là. La SODEC a contribué à ce succès», a-t-il souligné.
Le comité de vérification de la SODEC se réunit aujourd'hui et étudiera les réponses de Jean-Guy Chaput. Ce sera en-suite au conseil d'administration de la société de prendre une décision vendredi.
Le contrat de Chaput
S'il pouvait prouver que Jean-Guy Chaput a mal administré la SODEC, le gouvernement du Québec pourrait lui montrer la porte avant l'échéance de son contrat et sans même lui verser d'indemnité, stipule le contrat qu'il a signé en 2004.
Le contrat d'embauche de M. Chaput stipule que le gouvernement peut révoquer l'entente «en tout temps, sans préavis ni indemnité, pour des raisons de malversations, maladministration, faute lourde ou motif de même gravité».
Ce serait toutefois au gouvernement qu'il incomberait de prouver de telles fautes. Le Vérificateur général, dans son rapport, n'a pas parlé de fraude, mais de dépenses qui «dépassent les règles établies». Jean-Guy Chaput a signé un contrat de quatre ans qui lui assurait un salaire annuel de 133 603$.
Son contrat stipule également qu'il avait droit à des remboursements de dépenses ne dépassant pas 2415$ «sur présentation de pièces justificatives».
Avec la collaboration de Serge Laplante
Ce qu'il a dit
AU SUJET DES DÉPENSES DE 80 000$ REMBOURSÉES L'AN DERNIER, SANS PIÈCES JUSTIFICATIVES, POUR DES REPAS ET RÉCEPTIONS:
«Ce montant comprend des réceptions d'ouverture, de clôture, des cocktails et des salles dans le cadre de l'activité Cinéma Québec.
«Il y avait 450 personnes sur les Champs-Élysées pour faire du réseautage.
«On a fourni les pièces justificatives à la délégation québécoise, qui les a toujours d'ailleurs, mais la vérification n'a vu qu'une facture totale, non ventilée, non détaillée.»
AU SUJET DE SA CHAMBRE D'HÔTEL À 1330$ À CANNES:
«Cannes, c'est cher. Les chambres, c'est cher. C'est onéreux, mais ce n'est pas somptueux. [...] C'est une chambre ordinaire. L'hôtel compte 130 chambres, dont 100 qui ont une vue sur la mer. [...] Il faut prendre en compte la fluctuation de l'euro et le fait qu'on a dû réserver notre bloc de chambres en décembre [...] L'hôtel s'appelait Sofitel-Méditerranée.
«C'est un hôtel de sept étages. C'est pas au 7e étage, pas au 6e, pas au 5e, pas au 4e, c'est au 3e. Je ne pense pas qu'ils mettraient leurs suites au 3e étage.
«Ce n'est pas somptueux. Ce n'est certainement pas comme les images qui ont circulé.»
AU SUJET DES 211 465$ EN DÉPENSES D'OPÉRATION, COMPTABILISÉS COMME DE L'AIDE AUX ENTREPRISES:
«Il faut comprendre que la SODEC agit comme l'opérateur de la présence collective dans le domaine du cinéma. [...] la SODEC assure la présence des entreprises culturelles québécoises dans les grands marchés et foires à l'échelle internationale. Jamais ces sommes n'ont été présentées à titre de subventions et programmes destinés aux entreprises culturelles.»
SUR LES QUELQUE 180 REPAS ENTRE EMPLOYÉS REMBOURSÉS, POUR UN TOTAL DE PLUS DE 20 000$:
Il n'a rien dit à ce sujet.
AU SUJET DU SOUHAIT DU PREMIER MINISTRE CHAREST DE LE VOIR QUITTER AVANT LA FIN DE SON MANDAT:
«Est-ce que je vais quitter mon poste? Il n'y a pas matière à...»
«Avec les informations que j'ai, je vais rester en poste jusqu'à la fin de mon mandat, le 2 octobre 2009.»