La sortie de Bernard Derome contre le gouvernement conservateur, jeudi
à l’Assemblée nationale, a mis en
colère le cabinet du premier
ministre Stephen Harper, mais il
n’est pas question pour la SRC de
rabrouer le journaliste et ex-chef
d’antenne, comme elle l’avait fait en
2006 pour la journaliste Christine
Saint-Pierre.
Le bureau de Stephen Harper a accusé
Ber nard Derome «d’inventer des
histoires» et de démontrer qu’il existe bel
et bien, au sein de la salle de rédaction de
la SRC à Montréal, «un préjugé contre le
gouvernement conservateur».
«Comment M. Derome peut-il avancer
que ce gouvernement veut disloquer ou
démanteler une institution pour des
raisons idéologiques, quand c’est ce même
gouvernement qui octroie cette année un
montant record de 1 milliard 170 millions
de dollars en contribution annuelle à la
SRC?», a demandé le porte-parole du
premier ministre, Dimitri Soudas, en
rappelant que, sous les libéraux de Jean
Chrétien, le budget de la SRC avait fondu
de 400 millions $.
Selon lui, M. Derome n’a pas fait
honneur à la citation de René Lévesque
«Être informé, c’est être libre». «Car être
informé et libre, ça ne veut pas dire que l’on
peut inventer des histoires», a répliqué le
porte-parole de Stephen Harper.
Deux poids, deux mesures?
Même si Bernard Derome est toujours
journaliste – il prend sa retraite le 31 juillet
prochain –, la direction de la SRC n’a pas
l’intention de le sanctionner pour avoir
affiché ouvertement ses opinions politiques.
En 2006, la journaliste Christine Saint-
Pierre, aujourd’hui ministre de la Culture
au Québec, avait été relevée de ses fonctions
de courriériste parlementaire à Ottawa
pour avoir envoyé une lettre dans un quotidien
en appui aux soldats canadiens en
Afghanistan. Elle comptait 30 ans de service
à la SRC.
Les règles d’éthique de la SRC interdisent
aux journalistes d’afficher leurs opinions
politiques.
Mais cette comparaison avec Christine
Saint-Pierre ne tient pas, selon Marc
Pichette, directeur des communications de
la SRC.
«Tout ce que je peux vous dire, c’est
que M. Derome a choisi en son nom
personnel, à l’aube de son départ à la
retraite, de lancer un cri du coeur pour une
société qu’il aime beaucoup et pour laquelle
il a consacré 44 ans de sa vie», a déclaré
M. Pichette.