La Mademoiselle C. de Montréal

Les meilleurs profs du Québec - La Mademoiselle C. de Montréal

Louise LeBlanc, avec ses élèves de 1re année à l’école Sainte-Germaine-Cousin. Elle porte ici certains accessoires. © Sébastien Ménard

Sébastien Ménard
Le Journal de Montréal

Mademoiselle C., cette enseignante aux méthodes peu orthodoxes qui fait rêver les enfants, existe peut-être vraiment. Le Journal croit l'avoir retrouvée dans une école de l'est de Montréal.

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    Nom: Louise LeBlanc
    Âge: 37 ans
    Années d'expérience: 15
    Formation: Diplômée en orthopédagogie de l'Université de Montréal
    Fait à souligner: elle détient une maîtrise en administration de l'éducation, comme la plupart des directeurs d'école.

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Ceux qui côtoient Louise LeBlanc, à l'école Sainte-Germaine-Cousin, affirment qu'elle est l'incarnation vivante de ce personnage hors du commun, héroïne des romans de Dominique Demers et d'un film de Richard Ciupka.

«Pour moi, Madame Louise, c'est vraiment Mademoiselle C., dit la directrice de l'établissement, Caroline Petrucci. C'est une très grande pédagogue. Les enfants qui passent dans sa classe ont une chance inouïe. C'est toujours la fête.»

«Tu embarques dans son monde»

Lors du passage du Journal dans la classe de 1re année de Louise LeBlanc, ses élèves actuels et anciens ne manquaient pas d'exemples pour expliquer ce qui différencie leur enseignante des autres.

La prof se costume, fait des grimaces, porte de grosses lunettes pour enseigner les règles du pluriel.

Elle distribue à ses élèves des pilules contre l'oubli (qui sont en fait des Smarties), porte volontiers de grandes oreilles, utilise sa télécommande pour que les enfants parlent plus fort et les fait défiler devant le «miroir de Blanche-Neige» pour leur apprendre les adjectifs.

S'ils n'ont pas de souliers, elle leur fournit de vieilles pantoufles et quand c'est leur anniversaire, elle le souligne en grand.

C'est sans parler des chansons qu'elle fredonne sans arrêt, des toutous qu'elle prête aux élèves méritants, des petits cochons qui atterrissent sur les pupitres en désordre et des tortues pour les écoliers plus lents...

«C'est vrai que c'est Mademoiselle C., dit la mère d'un élève, Isabelle Simoneau. Dans sa classe, on sent une énergie qu'il n'y a pas ailleurs. On embarque dans son monde. Elle est passionnée et ça se voit.»

Important de s'amuser

Louise LeBlanc sourit lorsqu'on lui parle du personnage qu'elle représente.

«Moi, je m'amuse», souffle-t-elle, en avouant que certaines personnes la trouvent «un peu folle».

«Je ne pense pas que d'autres enseignants oseraient faire la même chose, dit-elle. Beaucoup ont peur de la critique. Je me suis déjà demandée: est-ce que je vis trop dans un monde de rêve? Est-ce que je suis trop capotée?»

«Mais on vit dans un monde rempli de mauvaises nouvelles, très individualiste, enchaîne-t-elle. C'est important, de s'amuser.»

La directrice de l'école, Caroline Petrucci, affirme que les méthodes des Louise Le-Blanc ont de nombreuses vertus.

«Elle arrive à faire des miracles avec les élèves en difficulté, dit-elle. Ce n'est pas une enseignante qui compte ses minutes. Elle est dévouée, généreuse et passionnée.»


Q Quels sont vos trucs et vos secrets?

R Un de mes trucs, c'est d'être capable de sortir du moule. Ce n'est pas parce qu'on est professeur qu'on doit suivre le guide pédagogique à la leçon près...

Il faut aussi être capable de s'adapter et de s'organiser. Je ne perds pas mon temps. Je ne suis pas à la dernière minute.

Mais la plus grande part de la réussite, c'est l'empathie. Ce sont des enfants qu'on a devant nous, il ne faut pas l'oublier. Il y a une phrase que l'on m'a dite à l'université et dont je me souviens: on n'enseigne pas ce qu'on sait, mais ce qu'on est.

Ça veut dire qu'on n'a pas le droit d'imposer notre écoeurement aux enfants. Le jour où je n'aurai plus la passion du métier, je m'en irai.

Q De quoi êtes-vous la plus fière?

R Je suis fière d'avoir persévéré dans cette originalité-là. Ce n'était pas facile au début. Si je m'étais juste attardée aux mauvais commentaires et aux mauvais regards, peut-être que ç'aurait été différent.

Q Si vous étiez ministre de l'Éducation, que changeriez-vous?

R Il y a beaucoup de procédures et toute cette paperasse qu'on a à compléter.

Peut-être que je changerais aussi la structure, le paquet de commissions scolaires. L'information se perd, il y a peutêtre des budgets qui se perdent aussi.

Quant à l'enseignement, est-ce que la mentalité se change? Est-ce qu'on peut apprendre en s'amusant?


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